Séance du 13 décembre 2025
Les reliefs artificiels et artialisés : un patrimoine anthropo-géomorphologique ?
– PROGRAMME –
9h00-9h30 : Accueil café dans le hall de l’Institut de Géographie
9h30-9h45 : Introduction à la séance thématique : « Les reliefs artificiels et artialisés : un patrimoine anthropo-géomorphologique ? »
François BÉTARD (Professeur de géographie, Sorbonne Université, UR Médiations : sciences des lieux, sciences des liens), Claire PORTAL (Maître de Conférences en géographie, Université de Poitiers, Laboratoire MIMMOC – UR 15072), Théophile PIAU (Docteur en géographie, Université Paris Cité, UMR 8586 PRODIG).
9h45-10h10 : Emmanuel REYNARD (Professeur de géographie, Université de Lausanne, Institut de Géographie et Durabilité et Centre interdisciplinaire de recherche sur la montagne) : « Les reliefs produits par l’agriculture : typologie, évolution et enjeux de gestion »
Résumé :
La genèse des formes du relief et leur évolution dans le temps découlent de la conjonction de trois groupes de facteurs et agents morphogénétiques : les facteurs structuraux, les facteurs liés à la géodynamique externe (climat et gravité) et les facteurs anthropiques. Ainsi, les humains peuvent être considérés comme des agents morphogénétiques au même titre que l’eau, les glaciers ou les éruptions volcaniques. Bien que les définitions largement admises de la géodiversité (p.ex. Gray, 2013) ne considèrent pas explicitement les éléments terrestres produits par les humains comme une sous-catégorie de la géodiversité, les formes d’origine anthropique sont de fait considérées comme faisant partie de la géodiversité géomorphologique, l’Homme étant un agent morphogénétique parmi d’autres. Des formes ou des reliefs d’origine anthropique pourront ainsi être considérés comme des géopatrimoines, au même titre que les formes et reliefs découlant de processus essentiellement naturels. Par ailleurs, dans une perspective de géomorphologie culturelle (Panizza et Piacente, 2003), les sites qui combinent un patrimoine géo(morpho)logique et des éléments patrimoniaux anthropiques culturels (bâti, vestiges archéologiques, etc.) sont considérés comme des sites géoculturels (Reynard et Giusti, 2025). Enfin, sous l’angle du paysage, les reliefs d’origine anthropique entrent dans la catégorie des paysages culturels (UNESCO, 2008), résultant de l’action conjointe de la nature et des sociétés humaines.
Depuis le Néolithique, l’agriculture est une activité qui, par les défrichements, les labours, le développement de pratiques culturales variées, mais aussi, parfois, la création de formes du relief particulières, a profondément forgé les paysages et influencé leur évolution au cours du temps. Nombreux sont ainsi les paysages agricoles reconnus comme paysages culturels vivants (p.ex. les paysages du café en Colombie, les rizières en terrasses des Hani de Honghe en Chine, ou encore les paysages viticoles du Haut-Douro (Portugal), de la Wachau (Autriche), des Cinque Terre (Italie) ou de Lavaux (Suisse).
Nombre de ces paysages agricoles peuvent également être considérés comme des reliefs (partiellement ou totalement) artificialisés et peuvent de ce fait émarger à ce que l’on pourrait appeler « géopatrimoine anthropique » ou « patrimoine anthropo-géomorphologique » (Bétard et al., 2025) ou, pour paraphraser la terminologie proposée par M. Panizza (2001), des « anthropo-géomorphosites ». Certains de ces reliefs artificialisés interagissent fortement avec des patrimoines culturels sensu stricto et sont à considérer comme des sites ou des patrimoines géoculturels.
Cette communication propose une réflexion sur la valeur (et la classification) patrimoniale des reliefs artificialisés par les pratiques agricoles. Il propose d’abord une typologie des modifications du relief par l’agriculture basée sur les critères de la lutte contre la pente, des apports en eau et de l’amélioration des techniques culturales. Il discute ensuite du caractère géopatrimonial de ces reliefs artificiels : les formes repérées sont-elles à qualifier d’anthropo-géomorphosites ou plutôt de sites géoculturels ? quant aux paysages géomorphologiques (Reynard, 2005 ; Bussard et al., 2023) fortement modelés par l’agriculture, forment-ils des paysages culturels vivants (UNESCO, 2008) ou certains d’entre eux peuvent-ils être considérés comme des « paysages anthropo-gémorphologiques » ? Sur cette base, une réflexion sur les enjeux de gestion de ces reliefs sera amorcée.
10h10-10h35 : Alain MARRE (Professeur honoraire, Université de Reims Champagne-Ardenne) : « Les modifications du relief dans le vignoble champenois et leurs conséquences géomorphologiques et économiques »
Résumé :
Dans le vignoble champenois comme dans tous les vignobles de qualité, les règles d’exploitation sont organisées autour du concept de terroir qui est un véritable géosystème et du cahier des charges de l’appellation contrôlée. Dans ces deux registres se croisent des facteurs naturels et des facteurs humains dans lesquels la tradition historique tient une grande place. C’est dans les limites de ces deux principes que les vignerons exécutent leur travail. Cependant, ce travail est aussi dépendant des possibilités qu’offrent les progrès technologiques et des préoccupations économiques.
À partir des années 1970, la demande en vin de Champagne a augmenté ce qui a nécessité de nouvelles plantations. L’aire AOC Champagne recouvre 35.000 ha, mais il restait de nombreuses parcelles classées dans l’appellation encore disponibles. Ce fut notamment le cas sur la Côte des Bar, dans le département de l’Aube. Avant les plantations, on a souvent aménagé les coteaux pour y faciliter la mécanisation de la viticulture. Aujourd’hui, une typologie de géomorphologies anthropiques est facile à réaliser. Elle va de modestes régularisations des pentes jusqu’à de très grands réaménagements de versants. Tous ces travaux ont été faits grâce à des moyens techniques puissants tout en restant dans les limites de la réglementation. Mais n’est-on pas allé trop loin ? Les règles parfois anciennes, sont-elles toujours bien adaptées ?
Les paysages ont été modifiés. Le patrimoine paysager a été dégradé avec la création de grands escarpements rocheux artificiels. Les espaces forestiers ont été amputés. Des processus géomorphologiques naturels ont alors été accélérés ou déclenchés comme l’érosion hydrique profitant de longues pentes régulières et dénudées ou les mouvements de terrain très actifs lors des années pluvieuses. On s’interroge alors sur la réglementation de l’appellation. Est-elle suffisante ? En 2015 le vignoble champenois a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Depuis cette date, une recherche de la qualité des paysages est faite en complément de celle de la qualité du vin.
Dans cette communication, après la présentation d’une typologie de ces créations de reliefs anthropiques, on pose la question de leurs conséquences et de la pertinence de la réglementation. On montre également quelques voies de réflexions en cours pour y remédier avec l’ouverture vers de nouveaux moyens tant techniques (un nouveau matériel agricole) que méthodologiques (de nouveaux modes culturaux).
10h35-11h00 : Magali WATTEAUX (Maîtresse de Conférences en en histoire et archéologie médiévales, université Rennes 2, EA Tempora et UMR 7041 ArScAn équipe « Archéologies environnementales ») : « Modelés et formes agraires dans la longue durée : une histoire complexe appréhendée par l’archéogéographie et l’archéologie des paysages »
Résumé :
L’anthropisation des reliefs est un processus majeur qui résulte de la présence même des sociétés humaines sur la Terre et qui connaît une accélération avec l’invention de l’agriculture et, dans une moindre mesure, de la domestication animale. À ce titre les archéologues sont des spécialistes incontournables pour faire l’histoire de ce phénomène. Ce sujet étant très vaste, trop, la communication proposée ambitionne plus modestement de présenter un panorama des recherches sur ce qu’on appelle les « modelés agraires », l’une des composantes des paysages depuis longtemps étudiée par les archéologues, les géographes, écologues, ethnologues et historiens. Il s’agit d’un « géopatrimoine » (Bétard, 2013) en ce qu’ils sont le fruit historique de la valorisation agropastorale des sols, dont on perçoit parfois encore la présence dans les paysages, ou que l’on retrouve à l’état de trace archéologique à l’occasion de fouilles. Les premiers peuvent être protégés, comme on le fait pour le patrimoine bâti, et rejoignent des enjeux contemporains d’aménagement et de restauration paysagère, tandis que les seconds viennent augmenter nos connaissances historiques sur les pratiques agricoles et paysages du passé.
Ces modelés agraires se manifestent sous des aspects très variés et à des échelles différentes (de la haie au microrelief de labour), mais toujours par hybridation des dimensions géographique et anthropique, participant ainsi de la « géodiversité » (ibid.) : terrasses de culture, haies bocagères, champs surélevés, crêtes de labour, rideaux de culture, murets de pierres sèches, etc. La difficulté tient souvent au fait de réussir à les dater, surtout en l’absence de fouilles. Depuis quelques années, des archéologues ont cependant développé des méthodes d’étude et de datation plus attentives, qui inaugurent des découvertes nombreuses (ex. Turner, 2021). Par ailleurs, le nombre et la qualité des documents et données exploitables pour les reconnaître ont grandement augmenté, ce qui suppose une méthodologie de nature « archéogéographique » de compilation et d’articulation (Watteaux, 2014, 2021).
Enfin, la communication souhaite attirer l’attention sur le fait que, pour intéressants qu’ils soient, ces modelés agraires ne peuvent pas être le (seul) fil conducteur d’une recherche sur la construction des paysages car ils habillent, sous une apparente uniformité, des formes planimétriques visibles en plan qui se transmettent dans la longue durée selon des transformations permanentes. Ces « reliefs artificiels » que sont les modelés agraires sont donc à intégrer dans des structures agraires et paysagères qui leur donnent sens, sous peine de ne plus appréhender le paysage que comme la somme de « miettes paysagères » plus ou moins éparpillées, à la merci d’interprétations hasardeuses (on note d’ailleurs le même problème avec le « filtrage » du paysage par l’archéologie préventive). Comme les géographes et historiens l’ont par exemple déjà exprimé il y a longtemps maintenant, « la haie ne fait pas le bocage », formule qui pour lapidaire qu’elle soit, résume bien la juste place que doit avoir ce modelé dans les problématiques d’anthropisation des milieux et de construction des paysages. Ainsi, bien que formes et modelés constituent deux composantes essentielles des paysages agraires, parfois étroitement liées, l’étude de la dynamique des paysages impose de les découpler puis de les réarticuler afin de mieux comprendre la complexité de l’histoire des paysages.
11h00-11h15 : Pause-café dans le hall de l’Institut de Géographie
11h15-11h40 : Éric MASSON (Maître de Conférences en géographie, Université de Lille, ULR 4477 – Territoires, Villes, Environnement et Société) : « Patrimonialisation des reliefs artificiels du Nord : l’exemple du site Chabaud-Latour de Condé-sur-l’Escaut »
Résumé :
En 2012, le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO sous le titre de « paysage culturel évolutif vivant », « œuvre conjuguée de l’homme et de la nature », en raison de sa très forte artificialisation en lien étroit avec l’histoire minière et industrielle de son territoire. Parmi les différents éléments de paysage qui sont inscrits et protégés au titre de l’UNESCO, les terrils, reliefs artificiels, sont les plus emblématiques du territoire minier. Cependant leur patrimonialisation s’inscrit dans un cadre paysager plus large qui inclut également des éléments de patrimoine avec une empreinte topographique (fosses d’extraction, talus ferroviaires), technologique (chevalement) et architecturale (cités minières et autres bâtiments) en lien avec l’activité minière ou industrielle.
Notre contribution s’articulera en trois temps. Le premier sera consacré à la patrimonialisation UNESCO du bassin minier et proposera une évaluation de la place des reliefs artificiels dans l’argumentaire et la valorisation des « paysages culturels ». Pour y parvenir nous nous appuierons sur différents supports de candidature et de communications publiés par la Mission-Bassin-Minier, association lois 1901 en charge de la valorisation du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Il s’agira de questionner la « valeur emblématique » des reliefs artificiels au regard de son utilisation dans différentes sources documentaires pour promouvoir la patrimonialisation.
Le deuxième temps de cette communication sera consacré aux terrils du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Il s’appuiera sur un inventaire cartographique issu de plusieurs sources documentaires permettant comprendre la progression historique en cinq générations de ces reliefs artificiels en lien avec la chronologie de l’exploitation du bassin minier. Nous introduirons ensuite une typologie des terrils pour bien comprendre la mise en place des morphotypes (conique, tronqué, asymétrique, tabulaire, monumental, terrasse, moderne, atypique), l’évolution de leur morphologie (en place, remanié, exploité, arrasé) et leur accès au public (usages et paysagement).
Le troisième temps de cette communication se focalisera sur le site de Chabaud-Latour. C’est un site d’importance patrimoniale, historique et géomorphologique, ouvert au public, mais qui ne bénéficie pas d’une forte protection au titre du classement UNESCO. Sa patrimonialisation est donc indirecte et partielle, issue d’un choix défavorable dans la sélection des reliefs artificiels méritant périmètre de protection. Pourtant, son volume et sa localisation dans une très large zone de subsidence post-minière, elle-même inscrite dans le cadre géomorphologique et transfrontalier de la vallée de la Haine, en font un cas d’étude singulier parmi les autres sites de reliefs artificiels du bassin minier.
11h40-12h05 : Stéphane CORDIER (Professeur de géographie, Université de Lorraine, LOTERR-Centre de Recherches en Géographie), Pierric CALENGE (PRAG, Université de Lorraine, LOTERR), Romain FOUCAL (titulaire du Master 2 GAED, Université de Lorraine, LOTERR) : « Étudier la géodiversité dans des territoires industrialisés et urbanisés : géosites et anthropogéosites en Lorraine (NE France) »
Résumé :
La Lorraine centrale est un espace urbanisé, où coexistent des grandes villes historiques ayant aujourd’hui statut de métropole (Metz et Nancy), et des villes (petites ou moyennes) dont le développement est largement lié aux activités industrielles, en particulier à partir du XIXe siècle. Cette industrie, qui continue aujourd’hui à marquer les paysages et les esprits, repose sur la présence de trois grandes matières premières : le fer, le sel et le calcaire.
Si l’extraction minière est abandonnée depuis une trentaine d’années, le minerai de fer (la minette) a été intensivement exploité le long du Sillon Lorrain (entre la région de Nancy et celle de Metz et de Thionville, le long des vallées de la Moselle et de la Meurthe, et jusqu’au Luxembourg). Attestée dès l’Âge du Fer dans la région rurale du Saulnois (partie orientale du bassin salifère lorrain), l’exploitation du sel se poursuit aujourd’hui dans la vallée de la Meurthe en amont de Nancy (partie occidentale du bassin salifère lorrain) où elle alimente notamment des soudières. Enfin des carrières (anciennes ou actuelles) de calcaires sont présentes en de nombreux endroits sur les plateaux des revers de côtes, la roche pouvant être employée à la fois pour la construction, les hauts fourneaux et les soudières.
La présente étude portera essentiellement sur un espace incluant la Métropole du Grand Nancy, et le bassin salifère exploité dans la vallée de la Meurthe et ses abords en amont de Nancy. En dépit de leur proximité (voire même de leur recoupement, avec la présence de salines et de soudières dans le sud-est de la Métropole), ces deux espaces ont connu des trajectoires très différentes en termes de reconnaissance et de valorisation géopatrimoniale : dans le territoire de la Métropole du Grand Nancy, la thématique géopatrimoniale commence à émerger suite aux recherches scientifiques récentes : celles-ci ont débouché sur la reconnaissance et l’évaluation d’une centaine de sites de géodiversité (incluant notamment des sites liés aux mines de fer et aux carrières de calcaire), ouvrant la voie à des premières actions de valorisation de ce patrimoine anthropo-géomorphologique. Ces actions peuvent être replacées dans le contexte d’un territoire déjà réputé pour son patrimoine historique et architectural (Sites UNESCO autour de la Place Stanislas, Ecole de Nancy). Dans le bassin salifère, une valorisation paysagère que l’on peut qualifier de géopatrimoniale a été mise en place depuis plusieurs années, à l’initiative des industriels et des élus locaux. Cette valorisation « in-situ », qui coexiste avec une problématique de risques liée à l’activité minière (mouvements de terrain, pollution) porte sur des paysages façonnés par l’extraction du sel, autour des sites tout aussi emblématiques qu’artificiels de la mine de Varangéville et des « cratères » d’Haraucourt (zone d’effondrements).
Cette communication a ainsi pour but de présenter le patrimoine anthropo-géomorphologique du territoire d’étude, ainsi que les enjeux sociétaux et les perspectives de valorisation (et éventuellement de protection) associés.
12h05-12h30 : Léopold BARBIER (Docteur en géographie et aménagement, Université de Lorraine, LOTERR, et Université Sorbonne Paris Nord, PLEIADE), Mark BAILONI (Maître de Conférences en géographie, Université de Lorraine, LOTERR), Camille MEPLAIN (Doctorante, Université de Lorraine, LOTERR), Pierric CALENGE (PRAG, doctorant, Université de Lorraine, LOTERR), Anne MATHIS (Chercheuse associée, LOTERR), Simon EDELBLUTTE (Professeur de géographie, Université de Lorraine, LOTERR), Denis MATHIS (Maître de Conférences en géographie, Université de Lorraine, LOTERR) : « Mise en spectacle et stratégies d’acceptabilité des activités minières, l’exemple de Kiruna (Suède) »
Résumé :
Avec la contestation de plus en plus systématique des conséquences de l’extractivisme, les compagnies minières développent des stratégies d’acceptabilité. À Kiruna, en Suède, les activités et les paysages miniers sont mis en spectacle et de nouveaux récits sont écrits.
En août 2025, le déplacement spectaculaire de l’église de l’ancienne vers la nouvelle Kiruna constitue un chapitre important du géorécit de l’entreprise minière LKAB. En effet, depuis 2004, les déformations et les effondrements du versant provoqués par les activités de la mine de fer menacent le site originel de la ville. L’immense graben en formation conduit LKAB à déménager la ville et ses habitants. Le paysage minier de la ville-usine, capitale du Lappland suédois, est perturbé, par l’ampleur des bouleversements. Depuis cette époque, LKAB aménage, utilise et mobilise différents éléments paysagers pour rendre acceptable les conséquences de l’extractivisme dans la région. Elle organise une politique d’images en mettant en scène :
- la mine en activité, grâce à un musée-centre d’interprétation aménagé à 500 m de profondeur, dans d’anciennes galeries ;
- le géosymbole du sommet du Kiirunavaara (mine actuelle) ; – le géosymbole du sommet Luossavaara. Cette ancienne mine à ciel ouvert fermée en 1967 a été réaménagée à partir de 2011. Les versants retalutés ont été réaménagés en pistes de ski, en sentiers pédagogiques, en sites d’activités de plein air. Enfin au piémont de la montagne excavée, un observatoire a été aménagé afin d’observer le Kiirunavaara, les reliefs créés par l’exploitation minière et les paysages miniers actuels insérés dans les espaces naturels environnants, avec le Kebnekaise en toile de fond ;
- le déplacement de l’église, mais aussi d’autres bâtiments remarquables de la ville (y compris des éléments de patrimoine minier), exposés aux déformations du sol ;
- les démolitions des éléments non déplaçables ou jugés peu remarquables et la restauration des espaces de démolition ;
- la ligne de chemin de fer vers Narvik et le récit du « wagon d’or ». Plus encore, elle construit une nouvelle ville ex-nihilo, aux allures de ville modèle du XXIe siècle mondialisé, loin de l’image d’une ville née de la mine.
Ce paysage minier et urbain, né de l’extractivisme, s’inscrit dans un dialogue complexe entre une mise en valeur de paysages miniers (extraction, espaces déchets) et fabrique de la ville. L’éclairage donné au récit pionnier de la transformation écologique et environnementale de la ville-usine permet ainsi de minorer les conséquences de l’extraction et des effondrements.
Cette communication, proposée par une équipe de chercheurs du LOTERR travaillant, par des approches méthodologiques complémentaires, sur les territoires et les paysages industriels et miniers, entend montrer cette mise en spectacle de la mine et des reliefs qu’elle crée, comme stratégie pour faire accepter l’extraction minière et ses conséquences, c’est-à-dire ici le déplacement d’une ville.
12h30-14h15 : Pause déjeuner
14h15-14h40 : Ferréol SALOMON (Chercheur CNRS, Laboratoire Image Ville Environnement – UMR 7362 – UNISTRA/CNRS/ENGEES, Strasbourg) : « De la fabrique à la patrimonialisation des paysages culturels deltaïques : une lecture géoarchéologique et géohistorique »
Résumé :
Depuis plus de 5000 ans, les milieux deltaïques se sont mis en place et nombreux sont ceux qui ont été profondément transformés pour l’exploitation de leurs ressources, le commerce ou la gestion des risques, créant des paysages culturels amphibies uniques. Ils révèlent une forte géo-archéodiversité avec des morphologies multiples créées et transformées par l’accumulation et l’ablation de pédo-sédiments et de couches archéologiques qui témoignent d’une co-évolution entre sociétés et environnement.
Les plaines deltaïques sont des laboratoires privilégiés pour étudier l’hybridation des morphologies naturelles et anthropiques. Les approches géoarchéologiques et géohistoriques révèlent comment ont été façonnés des paysages culturels originaux, de la Mésopotamie antique du sud aux villes de l’arc nord-adriatique comme Venise ou aux polders hollandais. Les paysages se composent d’objets aux multiples facettes où la limite entre le naturel et l’anthropique devient floue : des chenaux sont canalisés et des canaux peuvent devenir chenaux, les levées fluviales peuvent se confondre avec des digues, et les sites urbains sont des artefacts tout autant que des systèmes source-to-sink.
Aujourd’hui, ces paysages deltaïques, dont certains sont reconnus par l’UNESCO pour leur valeur patrimoniale (Les Ahwar du sud de l’Iraq : refuge de biodiversité et paysage relique des villes mésopotamiennes ; Ferrare, ville de la Renaissance, et son delta du Pô ; Venise et sa lagune ; Ligne d’eau de défense hollandaise), sont menacés par des risques exacerbés : montée des eaux, érosion fluviale et côtière, salinisation, agriculture moderne, extractions des ressources naturelles, sur-tourisme, pillages ou guerres. Leur préservation exige une compréhension fine de leur histoire, où se mêlent processus naturels et interventions humaines.
L’étude de ces milieux hybrides éclaire les défis contemporains de la patrimonialisation. Elle invite à considérer les deltas comme des systèmes dynamiques multiformes, où la mémoire des paysages peut nous aider à mieux valoriser et préserver ces socio-écosystèmes aux équilibres fragiles.
14h40-15h05 : Rémi de MATOS-MACHADO (Maître de Conférences en géographie et géomatique, Sorbonne Université, UR Médiations : sciences des lieux, sciences des liens), Tia ASSAN (étudiante en L3 de géographie et aménagement, Sorbonne Université), Viktor KOZAK (étudiant L3 de géographie et aménagement, Sorbonne Université) : « Polémoformes des conflits contemporains : vers un inventaire assisté par IA »
Résumé :
L’usage de l’intelligence artificielle dans les méthodes de cartographie ouvre de nouvelles perspectives pour l’étude archéo-géomorphologique des reliefs induits par les conflits contemporains. Ce travail vise à développer des outils d’inventaire automatisé de ces vestiges de guerre, à partir des données LiDAR HD de l’IGN. L’objectif est de constituer un inventaire à large échelle de ces polémoformes, encore inscrites dans les paysages du front occidental, en faisant appel aux techniques d’apprentissage profond. Deux bases de données d’apprentissage ont été constituées à cette fin. La première base est destinée à un modèle de segmentation sémantique de type U-Net, conçu pour la reconnaissance automatique des réseaux de tranchées, et intègre environ 1000 km de linéaires annotés. La seconde alimente un modèle de détection d’objets de type YOLO (You Only Look Once), dédié à la reconnaissance des vestiges de baraquements. Elle regroupe 1730 structures annotées. Les zones d’étude couvrent plusieurs secteurs représentatifs du front de l’Ouest : Pas-de-Calais, Somme, Marne, Moselle, Meurthe-et-Moselle et Vosges. Les données proviennent des modèles numériques de terrain (MNT) produits par la campagne LiDAR HD de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), retravaillés pour isoler les polémoformes des bruits topographiques naturels. Les résultats de l’entraînement des deux modèles sont encourageants et montrent que cette approche peut réellement faciliter l’inventaire automatique des traces liées à la Grande Guerre. Les deux méthodes parviennent à reconnaître les structures dans des environnements complexes (bois et/ou versants), confirmant la solidité de la technique employée. À terme, la couverture complète du territoire en données LiDAR permettra d’envisager une cartographie plus systématique et homogène de ces vestiges, offrant une vision renouvelée de l’organisation du front et des marques laissées par le conflit dans le paysage. Au-delà de l’aspect technique, ce projet invite à réfléchir à l’évolution des pratiques de recherche à l’heure des outils numériques. Loin de remplacer l’expertise des chercheurs, ces méthodes d’analyse assistée viennent plutôt l’enrichir en augmentant les capacités d’observation, de comparaison et de traitement des données, tout en permettant d’aborder des territoires plus vastes. L’annotation manuelle reste une étape essentielle car elle assure la justesse de l’interprétation archéologique et la fiabilité des résultats produits. En outre, l’inventaire assisté par IA ouvre des perspectives inédites pour la connaissance et la conservation du patrimoine, en rendant possible une observation plus systématique et reproductible des paysages marqués par les conflits.
15h05-15h30 : Ottone SCAMMACCA (Chercheur en géosciences, BRGM, Cayenne), Arnaud HEURET (Enseignant-chercheur, Geosciences Montpellier, CNRS, Université de Montpellier et Université de Guyane, Cayenne) : « Géomorphodiversité anthropique de Guyane française : dégradation environnementale ou géopatrimoine ? »
Résumé :
L’être humain laisse des empreintes sur son environnement. La géodiversité est, dans ce sens, témoin de l’histoire naturelle mais également humaine de notre planète. Notre civilisation a été bâtie par l’utilisation continue de la géodiversité et la mise en place de techniques et approches visant à l’exploiter, se l’approprier, la transformer, l’aménager aussi la protéger. L’exploitation de minerais, l’excavation de terres, l’activité agricole et les terrassements, la construction de nécropoles, les guerres ont contribué à façonner les paysages que nous connaissons aujourd’hui.
Cette observation reste vraie pour des zones parfois identifiées comme « vierges » ou « primaires ». En région amazonienne, la Guyane française abrite de nombreux exemples de l’impact ancien et contemporain de l’activité humaine sur le paysage, illustrant de manière parfois spectaculaire les relations entre sociétés humaines et géodiversité guyanaise. Ces activités ont évolué continuellement pour s’adapter aux contraintes imposées par l’organisation naturelle du paysage. Sur les terres hautes du socle paléoprotérozoique on retrouve les vestiges d’anciennes « montagnes couronnées », tandis que la zone littorale quaternaire, a été localement aménagée en alignements de monticules appelés « champs surélevés » permettant la culture des sols du littoral tout en réduisant les excès d’eau et les carences en éléments nutritifs.
Si ces deux exemples sont d’époque précolombienne, plus récemment, des tentatives de cultiver le littoral, souvent constitués de sols salés et à sulfures, ont vu le jour grâce à la mise en place de nombreux polders le long des lignes de côte guyanaises. Plus récemment encore, pour assurer l’alimentation en électricité de l’une des populations à la croissance démographique les plus importantes de France, le tracé hydro-géomorphologique du fleuve Sinnamary a été modifié et des hectares de forêt ont été inondés, dans le courant des années 1990, pour construire le barrage hydro-électrique de Petit Saut, laissant la place au lac – artificiel – du même nom.
15h30-15h55 : Fabien Hobléa (Maître de Conférences-HDR, UMR EDYTEM CNRS-USMB), Laurent Astrade (Maître de conférences, UMR EDYTEM CNRS-USMB), Xavier Bodin (Chargé de Recherche, UMR EDYTEM CNRS-USMB), Hugo Burnet (Doctorant, UMR EDYTEM CNRS-USMB), Jean-Jacques Delannoy (Professeur émérite, UMR EDYTEM CNRS-USMB), Philip Deline (Maître de Conférences émérite, UMR EDYTEM CNRS-USMB), Julien Jacquet (Doctorant, UMR EDYTEM CNRS-USMB), Stéphane Jaillet (Ingénieur de recherche, UMR EDYTEM CNRS-USMB), Florence Magnin (Chargée de recherche, UMR EDYTEM CNRS-USMB), Ludovic Ravanel (Directeur de recherche, UMR EDYTEM CNRS-USMB) : « Les modelés anthropiques des versants alpins : des éléments de la géodiversité et des géopatrimoines montagnards ? »
Résumé :
À partir d’exemples dans les Alpes françaises sont questionnés l’empreinte géomorphologique et le rôle morphogénique des activités humaines dans la topographie et la dynamique des versants de montagne, en considérant les modelés anthropiques comme des formes de dimensions très variables (macro et micro) inscrites dans des substrats naturels (ex. : front de taille en roche massive…) ou des formations superficielles préexistantes (ex. : gravière) ou générées à partir de matériaux bruts (ex. : halde minière).
La réflexion est basée sur plusieurs cas d’étude de terrain s’inscrivant dans deux grands types d’approche :
- Une approche actualiste concernant l’impact morphologique des usages contemporains de la montagne en contexte de changement climatique. L’efficacité des agents morphogéniques à l’œuvre est directement corrélée à l’ampleur des moyens technologiques mécanisés développés par les sociétés contemporaines, offrant des capacités de creusement, de transport et de dépôt générant des macro-formes d’autant plus remarquables dans le paysage qu’elles sont récentes, voire actives et peu retouchées ni oblitérées par l’érosion ou l’altération naturelles. Les déblais-remblais liés à l’aménagement d’infrastructures de transport, de stations de ski et à l’évolution des activités agro-sylvo-pastorales, les excavations tunnelières et liées aux activités extractives modifient ainsi depuis quelques décennies les paysages géomorphologiques alpins de manière spectaculaire. Les effets du réchauffement climatique sur la cryosphère montagnarde, les aléas gravitaires et hydrologiques, nécessitent des travaux de traitement morphogènes touchant à des espaces de haute montagne jusqu’alors très peu anthropisés, voire protégés (Parcs nationaux, réserves naturelles…).
- Une approche géo-archéologique au prisme de l’anthropo-géomorphologie, concernant les modelés liés à des usages anciens et révolus. Les traces géomorphologiques imputables aux sociétés préhistoriques et préindustrielle sur les versants alpins apparaissent beaucoup plus ténues que la génération des formes actuelles. Ces héritages concernent essentiellement l’échelle des micro-formes, inscrites ou construites dans les corniches rocheuses, les abris sous roche et les cavernes. L’ancienneté de ces modelés (plusieurs siècles à plusieurs millénaires) a souvent permis aux processus naturels de les retoucher, les rendant plus difficilement discernables, fondus dans le paysage ou la scène morphologique d’ensemble. Nombre de ces modelés ont jusqu’à peu été confondus avec des objets géomorphologiques naturels, à l’image de certains soi-disant modelés karstiques du sud-ouest du massif des Bauges en Savoie, où ce qui passait pour de simples dolines s’est avéré avoir servi de fours à chaux ou de bas-fourneaux médiévaux.
Les modelés anthropiques révélés par les terrains d’étude alpins, notamment grâce à la télédétection et l’analyse 3D en haute résolution (LiDAR IGN HD classifié, photogrammétrie et lasergrammétrie in situ…), peuvent être considérés comme éléments de la géomorphodiversité et doivent à ce titre avoir une place à part entière dans la taxonomie géomorphologique et la légende de la carte géomorphologique, conduisant à réfléchir à des dénominations et figurés spécifiques.
Qu’ils soient anciens ou actuels, les modelés anthropiques alpins peuvent aussi être porteurs de valeurs géopatrimoniales en tant que marqueurs datables de l’évolution des activités, des usages et des relations homme-milieu en montagne. Inversement, la dynamique morphogénique anthropique peut représenter une menace pour le géopatrimoine naturel ou anthropique hérité.
15h55-16h15 : discussion et synthèse de la journée
François BÉTARD (Professeur de géographie, Sorbonne Université, UR Médiations : sciences des lieux, sciences des liens), Claire PORTAL (Maître de Conférences en géographie, Université de Poitiers, Laboratoire MIMMOC – UR 15072), Théophile PIAU (Docteur en géographie, Université Paris Cité, UMR 8586 PRODIG) :
16h15-16h25 : Edith FAGNONI (Professeure de géographie, Sorbonne Université, UR Médiations, sciences des lieux – sciences des liens, membre associée de l’EIREST Université Paris1 Panthéon-Sorbonne, et Présidente de l’Association de Géographes Français) : mots de conclusion et clôture de la journée.

Séance du 13 juin 2025
Thème :
Pratiques récréatives : enjeux de la proximité
Séance coordonnée par :
Yannick HaSCOËT, Maître de conférences en géographie, Avignon Université, Centre Norbert Elias UMR 8562
Laure MARCHIS-MOUREN ROULET, Maîtresse de conférences en sciences de l’information et de la communication, Avignon Université, Centre Norbert Elias UMR 8562
Pierre DERIOZ, Maître de conférences HDR émérite en géographie, Avignon Université, UMR IRD228 ESPACE-DEV
Philippe BACHIMON, Professeur émérite de géographie du tourisme, Avignon Université, UMR IRD228 ESPACE-DEV
Cette journée d’étude interroge des pratiques récréatives mobilisant des environnements « proches » voire de « quotidien ». Elle cherchera à les décrire et les analyser dans des contextes renvoyant tant aux sociétés souches de l’activité touristique et du temps-libre (ainsi de la France) qu’à des sociétés qui accèdent progressivement au nouveau rapport au monde induit par une nouvelle manière de l’habiter (Lazzarotti, 2011). Les pratiques récréatives étudiées dans cette journée pourront relever des espaces-temps du tourisme, des loisirs ou des nouveaux modes de résidence (Knafou et al., 1997). Il s’agira notamment de discuter de la validité de ces découpages (Fagnoni, 2021) à mesure que les anciennes dichotomies vacillent (ici / ailleurs, quotidien / hors-quotidien, etc.). On peut penser que « le bouclage du monde » (Dolfus et al., 1999) par le « touristique » ne relève pas seulement de l’avancée au lointain des fronts pionniers de l’activité, mais aussi de conquêtes à proximité voire « ici-même ». On a ainsi pu observer des mises en tourisme relevant d’une « extension du domaine du jour » (Gwiazdzinski, 2009) ou affectant les banlieues populaires (Gravari-Barbas, Jacquot, 2013) voire des quartiers d’habitat social en hauteur (Lefort, Hascoët, 2015) ou encore s’achevant dans la résidentialisation de lieux hautement touristiques (Bourdeau, 2009). Ces différentes manifestations, par les « entrées » et les « sorties » touristiques qu’elles recèlent, ont en commun de travailler le couple exotique / endotique. Elles participent soit de l’exotisation du proche (Matthey, 2007) et de l’événementialisation urbaine, soit de la banalisation de la forme « tourisme » (Lussault, 2007), les deux dynamiques n’étant pas exclusives l’une de l’autre.
Ces différentes manifestations interrogent fondamentalement la nature du fait récréatif contemporain. En France, les colloques organisés pour l’un, par le PUCA et l’EIREST sur « Avant et après le tourisme, trajectoires post-touristiques et société civile » (2017), pour l’autre, par l’AGF sur « Les espaces du tourisme : entre ordinaire et extraordinaire » (2018), ont récemment balisé les controverses. Le travail de synthèse de Philippe Bourdeau sur « l’après-tourisme » (2018) vient également en appui. Reste que, en quelques années à peine, le phénomène de l’exotisation des espaces de proximité semble s’accélérer et cohabiter crescendo avec le tourisme international, en forte reprise. Paradoxalement, ces espaces du proche tendent à se banaliser comme d’autres formes touristiques avant eux. Le tourisme, en se « généralisant », serait de moins en moins porteur de temporalités, sociabilités et spatialités spécifiques (Bourdeau, 2012).
Crises sanitaires, climatiques, géopolitiques et économiques s’additionnent, et donnent un nouveau sens à des pratiques de proximité souvent parées des vertus de la transition écologique : si le lointain est dans le proche, alors … Alexandre Privat d’Anglemont, déjà en 1845, s’étonnait d’un Paris en forme de « résumé du monde » (Augé, 2010) et des voyages au lointain alors que le bizarre se trouve à une course d’omnibus (Privat d’Anglemont, 1984 : 14). Il y aurait une sorte de retour à la proximité de ce point de vue, moins une « nouveauté ». D’ailleurs, bien des pratiques de proximité ont longtemps été constitutives du loisir populaire (Corbin, 1995). Par exemple, le streetfishing, consistant à transmuter le moindre cours d’eau en un spot de pêche potentiel, peut être considéré comme une actualisation de la pêche en ville et la micro-aventure, en avatar du tourisme de proximité (Michel, 2021). Dans la même veine, l’Urbex ne serait éventuellement qu’une déclinaison d’un penchant transgressif ancien pour les lieux fermés et abandonnés du reste en voie de normalisation (Le Gallou, 2021) bien que son intérêt repose encore en partie sur la subversion et le risque. Il s’agira donc aussi d’interroger l’étiquette de la « nouveauté » fréquemment accolée à des pratiques qui opèrent probablement plus de recyclages qu’il n’y paraît, les approches historiographiques étant nécessaires. Du côté des opérateurs territoriaux et dans le cadre de la crise de la Covid-19, on a vu réapparaître des stratégies de marketing valorisant l’analogie avec des destinations « exotiques » (Staszak, 2008). En 2007, déjà, le Jura était qualifié de « Madagascar à une heure de Lyon » (conseil départemental du tourisme). En 2020, la Bretagne était apparentée à la « Kerlifornie » ou aux « Caraibz » selon les visuels qui tous promettaient « le dépaysement proche de chez vous » (comité régional Tourisme Bretagne). Des initiatives d’opérateurs toutefois alignées sur les mutations de la demande, entre « honte de prendre l’avion » et persistance du tropisme international (Delaplace, 2021). Autres exemples, à Paris, depuis les premières mises en scène de la diversité ethnique avec l’offre de balades dans des quartiers populaires d’immigration (Corbillé, 2009) ou la pionnière importation dès 2001 d’une « plage » dans la capitale française – une idée depuis exportée tant à Montréal (Québec, Canada) qu’à Bagnols-sur-Cèze (Gard, France) – de véritables politiques d’altérisation de l’espace urbain se déploient confondant expérience « touristique » et habitante, « nature » et ville : l’ouverture de la Seine à la baignade est promise pour 2025, ruches et fermes urbaines se développent, une « forêt » se dessine Place de Catalogne (14ème), les urban trails métaphorisent les rues en sentiers (Hascoët, Roulet, 2024), etc. Diffus, programmatiques ou déjà structurants, ces dispositifs participent de l’hypothèse d’un « tourisme chez soi » (Vergopoulos, 2013). Depuis les pratiques « immobiles » (staycation) et virtuelles actualisant le Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre (1794) dans une sorte de tourisme par procuration (via les casques VR, les jeux de rôle, etc.) jusqu’aux mobilités et pratiques de proximité, toujours relatives à des déictiques spatiaux discutables (« ici », « là-bas », etc.), en passant par la permanence de la promenade (en ville, à la « campagne ») éventuellement sur les traces de plantes « sauvages » (l’urbain n’excluant pas cette perspective), l’éventail est large. Pour diverses qu’elles soient, tant par les économies, acteurs et lieux qu’elles mettent en jeu, ces pratiques – inépuisées ici et objets de travaux appelés à se manifester dans cette journée d’étude – alimentent les débats sur ce que faire du « tourisme », pratiquer des loisirs et habiter (la ville, la « nature ») signifient.
Cette journée d’étude s’attachera donc à décrire et penser, dans sa filiation historique comme dans ses pointes avancées, le système d’acteurs, de lieux et de pratiques caractéristiques de ce report de la catégorie de « l’exotique » ici-même ou « tout près », dans une variété de situations, qui restent à inventorier et réfléchir. Elle invite également à discuter des nouvelles frontières des pratiques récréatives de proximité dans un contexte multi-crises (sanitaires, économiques, géopolitiques et climatiques). Toutes les disciplines des sciences sociales y sont conviées. En particulier, les contributions en anthropologie sont attendues tant la discipline, en miroir du « tourisme » (Urbain, 2003), a su rabattre le lointain dans le proche (Fournier, 2021). L’expérience anthropologique de ce point de vue apparaît féconde aussi bien en termes de capacité à penser le renouvellement des pratiques en jeu que leurs saisies méthodologiques dans le cadre d’une ethnographie du proche (Campigotto et al., 2017). Le contenu des propositions de communication n’est pas limitatif : l’approche choisie peut être empirique ou plus théorique et réflexive.
Nous attendons des propositions de communication autour des trois axes indiqués ci-dessous :
Axe 1. Renouvellement des pratiques récréatives de proximité : recyclages, permanences, hybridations ou nouvelles formes ?
Les propositions ici attendues peuvent porter sur le large éventail des pratiques récréatives mobilisant par jeu et / ou visée environnementale et / ou contrainte économique, les espaces de proximité. Il s’agit particulièrement de les décrire et de débattre de leur étiquette de « nouveauté ». L’enjeu consiste ici probablement à prendre au sérieux les témoignages qu’elles livrent sur le contexte récréatif présent, tout en cherchant à les contextualiser plus largement dans leur filiation historique et à les discuter au regard de leur capacité à compléter, voire remplacer, les pratiques touristiques « classiques ». Il sera aussi question de la mise en visibilité des pratiques étudiées, en particulier sur les réseaux sociaux, ce qui peut donner l’apparence de la « nouveauté » à des pratiques en réalité depuis longtemps installées, et même dans certains cas, favoriser leur développement et leur mutation.
Axe 2. Stratégies touristiques et dynamiques territoriales des pratiques récréatives de proximité
Les propositions relevant de l’axe 2 porteront spécifiquement sur les enjeux, outils et visées liés à des destinations « touristiques » soit pionnières, soit nouvellement engagées sur la voie d’une communication d’offres en direction d’un public « local ». Les modalités suivant lesquelles sont promus et pratiqués les « nouveaux » (?) territoires de la re-découverte seront présentés et discutés dans des perspectives pouvant ici, tout particulièrement, emprunter tant à la géographie culturelle qu’aux sciences de l’information et de la communication. Un enjeu fort restant d’observer voire d’anticiper les dynamiques de territoires et de ses acteurs (processus résidentiels, renouvellement des métiers du tourisme, etc.)
Axe 3. Ethnographie du proche et du contemporain : approches méthodologiques et enjeux géographiques
Les propositions de l’axe 3, qui pourraient aussi émaner de collègues anthropologues ou ethnographes du proche, devront permettre de réfléchir à nouveaux frais sur les rapports entretenus entre « touriste » et ethnologue ou ethnographe, dans un moment où, c’est une hypothèse à débattre, le champ touristique procède analogiquement – jusqu’où ? – au rapatriement de ces objets et approches dans les espaces de proximité. Dans quelle mesure les champs anthropologiques et touristiques convergent-ils donc dans le sens d’une requalification du sens donné à l’exotisme, au familier comme à l’étrange ?
Le Thermalisme
9h30 OUVERTURE
Édith FAGNONI, Professeure, Sorbonne Université, Présidente de l’Association de Géographes Français (AGF)
9h45 INTRODUCTION
Marie-Eve FÉRÉROL, Docteur ès géographie, qualifiée Maître de conférences en géographie-aménagement
AXE 1 : L’ADAPTABILITÉ DU THERMALISME À LA SOCIÉTÉ ACTUELLE
Présidence de séance : Marie-Ève FÉRÉROL
10h00-10h25 Mazarine WAIRY-DUPUICH
Doctorante en sciences de gestion au sein du laboratoire CEREGE Université de Poitiers. Thèse CIFRE avec le Centre Thermal de La Roche-Posay Groupe L’Oréal Division Beauté Dermatologique
« Évolution de l’offre thermale en France du médical au modèle international du bien-être : perspectives économiques, de consommation et de crédibilité »
Résumé – Cette communication se propose d’analyser les enjeux stratégiques du thermalisme français à l’aune des mutations que connaît le secteur. En premier lieu, nous dresserons un état des lieux du secteur, entre héritage et diversification. Ensuite, nous explorerons les impacts économiques et les défis liés à la concurrence internationale. Enfin, nous interrogerons la nécessaire articulation entre dimension médicale et attractivité « bien-être » pour un avenir pérenne du thermalisme français.
10h25-10h50 Lionel LAPOMPE-PAIRONNE
« Adaptation et diversification d’une petite ville thermale : l’exemple de Vals les Bains »
Agrégé de Géographie, Docteur en Géographie de l’Université Sophia-Antipolis. Chargé de cours, Université Jean Monnet (Saint-Etienne)
Résumé – Les deux défis posés à Vals les Bains ont été ceux de l’adaptation et de la diversification, selon une double temporalité : une diversification présente dès les premières années d’édification de la station ; une adaptation à la demande sociale nécessairement accélérée au tournant des XXème et XXIème siècle. Nous montrerons d’abord que la diversification s’est faite autour d’activités anciennes et déjà présentes au départ, mais qui se sont renouvelées (activités culturelles, jeux, pratiques de plein air et excursions dans les environs). Et nous analyserons ensuite l’adaptation autour de trois axes principaux.
10h50-11h15 Adrien SONNET et Ludovic LESTRELIN
Maître de Conférences, STAPS, Université de Caen Normandie, UR CERREV 3918 ; Maître de Conférences HDR, STAPS, Université de Caen Normandie, UMR ESO 6590
« De la station à la destination – La requalification touristique d’un territoire thermal au prisme de sa capacité politique »
Résumé – Après avoir souligné combien la crise vécue à Bagnoles de l’Orne est d’autant plus forte qu’elle se double, jusqu’au tournant des années 2010, d’une crise de gouvernabilité, nous reviendrons, dans un premier temps, sur les fondements matériels et symboliques à partir desquels les élus locaux parviennent à rassembler les acteurs économiques de la ville au sein d’une coalition censée favoriser la création d’un « territoire de bien-être ». Nous concentrerons l’analyse, dans un second temps, sur la capacité des élus à élargir progressivement la coalition à une échelle territoriale plus vaste, tout en ménageant la confiance gagnée auprès de leurs partenaires originels et en protégeant leur pouvoir de réguler l’action.
AXE 2 : ACTEURS ET RESSOURCES THERMALES
Présidence de séance : Adrien SONNET
11h15-11h40 Nathalie ARPIN
Doctorante en histoire contemporaine à l’Université Savoie Mont Blanc, laboratoire LLSETI
« Particuliers, Etat, entreprise : la question de la propriété des sources et de l’établissement thermal d’Aix les bains : du procès au patrimoine »
Résumé – L’étude d’Aix les Bains permet d’envisager l’évolution des enjeux liés à l’exploitation de la ressource « eau » et à sa patrimonialisation, par le prisme des acteurs, entre intérêts privés et intérêt général. L’approche de ce temps long (1839-2024), en un territoire à la fois spécifique et modélisant, contribue à actualiser le champ du thermalisme car « le dessous des baignoires n’est pas moins intéressant à connaître que le dessous des cartes » (Le Figaro, 24.09.1865).
11h40-12h05 Guillaume PFUND
Docteur en Géographie Économique – Aménagement. Laboratoire EVS Université de Lyon
« L’exploitation économique de l’eau thermale par des usages multiples : de la ressource naturelle à la ressource territoriale »
Résumé – L’objectif est de comprendre dans quelle mesure l’eau thermo-minérale peut se transformer, grâce aux acteurs, en passant d’une ressource naturelle à une ressource territoriale spécifique et ainsi contribuer, par le jeu d’acteurs, à construire des trajectoires de développement territoriales singulières.
12h05-12h30 Marie REDON et Boris LEBEAU
« Thermalisme et jeux d’argent : d’une rente, l’autre »
Pr en géographie, Université Toulouse 2 Jean Jaurès, Laboratoire LISST (UMR 5193) ; Pr en géographie, Université Sorbonne Paris Nord, Laboratoire Pléaide (EA 7338)
Résumé – Les quelques 200 casinos français ont majoritairement été implantés au cours des XIXe
et du XXe siècle dans le cadre d’une mise en tourisme des littoraux et des villes thermales. Pourtant, en dépit de leur isolement, des « casinos des champs », fondés sur le thermalisme, font l’objet d’ouvertures récentes, comme à Chaudes-Aigues (Cantal, 902 habitants) en 2006, à Casteljaloux (Lot-et-Garonne, environ 4 660 habitants) en 2015, à Lectoure (Gers, 3 710 habitants) en 2019. Le thermalisme fait donc toujours, indirectement, ressource. La communication montrera comment s’articulent thermalisme et pratique des jeux d’argent, en mettant en évidence les dynamiques les plus contemporaines des lieux de jeu en France.
12h30 – 14h : PAUSE DÉJEUNER
Reprise des travaux à 14h
AXE 2 : ACTEURS ET RESSOURCES THERMALES (suite)
14h00-14h25 Laurence MOYART et Bernard PECQUEUR
Enseignante-chercheure à l’UCLouvain-Mons-Fucam, chargée de mission à la Cellule Appui et Stratégie de la Ville de Mons ; Pr émérite en économie à l’Université Grenoble-Alpes
« Le thermalisme : une (res)source spécifique à activer dans les territoires ? « Les grandes villes d’eaux d’Europe » : Patrimoine mondial de l’UNESCO : analyse du cas de la ville de Spa »
Résumé – L’objectif de cette communication est d’élargir le modèle du Panier de Biens et Services (Mollard et al., 2007 ; Hirczak et al., 2008) en l’appliquant à d’autres types de biens et services de type culturel et patrimonial, et de proposer une grille de lecture originale des processus à l’œuvre via une analyse de cas portant sur la Ville thermale de Spa.
AXE 3 : LA GESTION DU PATRIMOINE THERMAL
Présidence de séance : Édith FAGNONI
14h25-14h50 Anne PIRARD
Architecte, coordinatrice locale du site patrimoine mondial Grandes villes d’eaux d’Europe – Great Spa Towns of Europe pour la Ville de Spa, membre du Conseil international des monuments et sites (ICOMOS).
« Les grandes villes d’eaux d’Europe : le patrimoine au cœur de leur projet de ville »,
Résumé – Les « Grandes villes d’eaux d’Europe », ce sont onze villes d’eaux situées dans sept pays européens qui sont inscrites au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2021. Ce bien en série transnational apporte un témoignage exceptionnel sur le phénomène du thermalisme européen qui connut son apogée entre 1700 environ et les années 1930. Si le point de départ de cette aventure a bien été la transmission de leur patrimoine aux générations à venir, les « Grandes villes d’eaux d’Europe » s’appuient aujourd’hui sur les valeurs véhiculées par cette inscription pour en faire un catalyseur de développement et soutenir la vitalité de leur territoire.
14h50-15h15 Martine PAINDORGE et Simon EDELBLUTTE
Maître de conférences en sciences de l’éducation, AHP-PReST Université de Lorraine ; Pr en géographie, LOTERR Université de Lorraine
« Géohistoire de stations thermales « oubliées » : paysages, héritages et trajectoires »
Résumé – La région Grand Est en France comprend une dizaine de stations thermales actuellement en activité, d’autres ont existé mais sont aujourd’hui « oubliées ». Un travail interdisciplinaire croisant archives et analyse paysagère permet de reconstituer l’évolution de Sermaize-les-Bains, Martigny-les-Bains et Plombière-les-Bains.
15h15-15h40 Clara BELLO et Alexandre POLYCARPE
Architectes diplômés – École Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles
« L’eau thermale, une énergie au service de nouveaux systèmes architecturaux et urbains »
Résumé – Avec cette communication, nous proposons de repenser l’avenir des infrastructures thermales dans un but d’utilisation par le local et non le touriste ou l’industriel. Nous pensons que la manière contemporaine de repenser la ville doit être pour redonner une qualité de vie pour les locaux et redonner un attrait pour les gens qui pourraient vouloir s’y installer. Cette vision, qui se traduit dans un premier temps dans l’architecture du bâtiment peut se déployer à l’échelle urbaine, afin de réinventer la ville thermale française en difficulté, qu’elle soit rurale ou urbaine.
AXE 4 : LES PRATIQUES THERMALES À L’INTERNATIONAL
Présidence de séance : Martine PAINDORGE
15h40-16h05 Benoit MONTABONE
Maître de conférences en géographie, Rennes 2, UMR CITERES (Tours)
« Le thermalisme en Turquie, de la pratique domestique du soin au développement du tourisme international de bien-être »
Résumé – L’objectif de cette communication est double. Il s’agira tout d’abord de présenter le thermalisme en Turquie, d’en comprendre ses origines, ses héritages et ses développements. Dans un deuxième temps, il s’agira de s’interroger sur le changement de paradigme en cours et le passage d’une pratique du soin à une pratique du bien-être. Notre hypothèse principale est que ce basculement induit un changement d’échelle des lieux, des réseaux et des acteurs impliqués dans le thermalisme. Le thermalisme participe ainsi à la redéfinition des rapports entre tourisme domestique et tourisme international.
16h05-16h30 Hicham SADDOU
Enseignant-chercheur HDR en Tourisme-Patrimoine à l’Université Cadi Ayyad (Marrakech). Laboratoire LERMA, Laboratoire des Etudes sur les Ressources, Mobilité et Attractivité
« Thermalisme et villes thermales au Maroc : Une approche interdisciplinaire pour la valorisation des ressources locales »
Résumé – A travers notre contribution, nous cherchons à analyser les potentialités des villes thermales marocaines en tant que levier de développement territorial et touristique, à mettre en évidence les défis liés à la valorisation des ressources thermales dans le contexte marocain et à proposer des stratégies interdisciplinaires pour le développement durable des villes thermales, basées sur la coopération entre divers secteurs. Notre communication vise également à montrer comment le thermalisme peut devenir un moteur de développement au Maroc, à condition de mettre en œuvre une approche interdisciplinaire.
16h30-16h55 Bertrand Apoli KAMENI
Maître-Assistant en Sciences politiques à l’Université Omar BONGO (Libreville), Chercheur au Centre d’Etudes et de Recherches en Droit et en Institutions Politiques (CERDIP) (Gabon)
« La Mer Morte, « Terre Sainte » du thermalisme en voie de disparition »
Résumé – Cette proposition de communication ambitionne tout d’abord d’éclairer ce paradoxe de la minoration d’un thermalisme millénaire. En second lieu, elle vise à souligner que cet enjeu ne peut plus être ignoré eu égard aux conséquences incalculables de la disparition de la mer Morte. Elle postule que dans la mesure où l’urgence climatique contraint désormais à reconsidérer la sécurité aussi à l’aune de l’articulation de la nature et de la culture, Israéliens, Jordaniens et Palestiniens sont, plus que par le passé, contraints d’aller au-delà de l’essentialisme culturel pour prendre en compte l’impératif écologique, afin de sauvegarder un cadre d’existence commun.
16h55-17h20 Raphaëlle SEGOND
Doctorante en géographie au laboratoire EVS (UMR 5600), Université de Lyon -ENS de Lyon et ATER à l’UPPA
« La capitale du spa n’a plus d’eau ! : crise de l’eau potable et tensions sur les réseaux d’eau minérale à Velingrad (Bulgarie) »
Résumé – Depuis les 1990 l’eau minérale est devenue une ressource marchande fortement convoitée et peu régulée. Cela donne lieu à des phénomènes d’accaparement qui s’opèrent au détriment des pratiques locales. La présentation analyse les jeux de pouvoir autour des eaux de Velingrad, tout en montrant que les tensions à l’œuvre ne sont pas le résultat d’un processus d’accaparement des eaux par le haut qui impacterait des populations passives, mais qu’elles sont davantage à interpréter comme le résultat de deux forces d’appropriation des eaux que sont, d’une part, leur marchandisation et, d’autre part, leur domestication.
Bilan
Fin des travaux : 17h30
Séance du 12 octobre 2024
Les dimensions géographiques des séries – Saison 2
Séance coordonnée par :
Pierre Denmat, Doctorant en géographie, Université Paris Nanterre, LAVUE – équipe Mosaïques, Professeur de géographie en CPGE, Lycée La Bruyère, Versailles
Monica Michlin, Professeure en études américaines contemporaines, Université Paul Valéry Montpellier 3, UR 741 EMMA.
Marie-Laure Poulot, Maîtresse de Conférences en géographie, Université Paul Valéry Montpellier 3, UMR 5281 ART-Dev.
– PROGRAMME –
09h30 – 10h15 : Introduction
Pierre DENMAT, Agrégé de géographie, doctorant à l’Université Paris Nanterre, LAVUE (équipe Mosaïques), UMR 7218 ; Monica MICHLIN, Professeure en études américaines contemporaines, Université Paul-Valéry – Montpellier 3, UR 741 EMMA ; Marie-Laure POULOT, Maîtresse de Conférences en géographie, Université Paul-Valéry – Montpellier 3, Laboratoire ART-Dev – Acteurs, ressources et territoires dans le développement, UMR 5281.
« Dimensions géographiques des séries télévisées : quelles méthodologies d’études spatiales des séries télévisées »
Approches interdisciplinaires de l’espace urbain dans les séries (10h-13h)
Présidence : Edith FAGNONI
Professeure de géographie, Sorbonne Université, Laboratoire Médiations, sciences des lieux – sciences des liens, EIREST Université Paris1 Panthéon-Sorbonne (membre associé), Présidente de l’Association de Géographes Français (AGF).
10h15 : Saisir les séries
– 10h15 : Raimondo LANZA, Doctorant, École doctorale de géographie de Paris, UMR PRODIG, Université Paris1 Panthéon-Sorbonne.
« Le centre se moque des périphéries : les espaces urbains dans la série humoristique russe Kamedi Klab »
Résumé :
La communication entend montrer comment Kamedi Klab, la série humoristique la plus populaire de Russie1 , diffuse des imaginaires et des stéréotypes sur plusieurs villes russes. Depuis 2005, cette émission est enregistrée à Moscou et transmise une fois par semaine sur la chaîne nationale TNT appartenant à la société gazière Gazprom. Le matériel pour cette communication est tiré de ma recherche doctorale (commencée en 2023), qui porte sur les imaginaires géographiques et géopolitiques véhiculés par l’humour télévisé russe au cours des derniers vingt ans2 . Si la plupart des sketches de Kamedi Klab prennent pour cible différents pays dans le monde en utilisant la flatterie et la moquerie, au gré d’alliances ou de rivalités qui alternent au fil du temps, une part considérable des traits d’humour vise aussi Moscou et d’autres villes russes, pointant aussi du doigt entre autres les disparités économiques, sociales et culturelles au sein de leur population. Il ne s’agit pas ici de montrer comment les espaces urbains réels sont reproduits à la télévision russe, mais d’étudier comment ces espaces y sont imaginés et représentés. Moscou, centre politique et économique du pays, est la ville la plus souvent mentionnée (100 fois), dans un contexte international mondial mais aussi micro-locale (des rues, des quartiers, etc.). Les comédiens prennent pour cible d’un côté des quartiers de Moscou peuplés par les immigrés du Caucase et d’Asie centrale (Butovo mentionné 11 fois, Zhulebino 3 fois et Bibirevo, 5 fois) et réputés insalubres et de l’autre côté les rues habitées par des milliardaires (la rue Rublevka, mentionnée 12 fois).
Kamedi Klab diffuse des images stéréotypées déjà bien établies de certaines villes (Saint Pétersbourg – capitale culturelle, Souzdal et Kostroma – centres des traditions et folklore russes, Syzran – ville moche et triste, etc.). La série fait de l’humour à propos des mutations qui en traversent d’autres. Sotchi (mentionnée 15 fois), ville de Russie méridionale, est un exemple : lieu de villégiature depuis l’époque soviétique, en juillet 2007 la ville est choisie pour accueillir les Jeux Olympiques d’hiver 2014. Kamedi Klab participe à l’augmentation soudaine et spectaculaire de l’exposition médiatique de Sotchi tout en ironisantsurses mutations urbaines et sociales. Les comédiens qui jouent dans l’émission soutiennent le rôle international de Sotchi et sont fiers du prestige que cela donne à la Russie. Ils semblent minimiser les potentielles complications liées aux JO (climat chaud, tensions géopolitiques dans le Caucase etc.) On peut se demander si cet humour télévisé met en lumière la complexité et la diversité des réalités urbaines russes, ou s’il reflète et promeut principalement les intérêts d’un centre économique, politique et “ethnique” dominant une périphérie gigantesque, qui cherche son chemin entre stratégies de développement local et dépendance au centre tout-puissant.
11h : Les échelles spatiales et temporelles des mutations urbaines au prisme des séries
– 11h : Marie-Hélène CHEVRIER, Maîtresse de Conférences en géographie, Institut Catholique de Paris, membre de l’unité de recherche « Religion, Culture, Société » (EA 7403).
« De décor à quasi-personnage : l’intégration progressive de la ville au coeur de la fiction télévisuelle à travers l’exemple de la série Leverage (2008-2012) et de sa suite, Leverage Redemption (2020 – ) »
Résumé :
Dans certaines villes, les gens sont blasés par les tournages. A Portland, les gens nous apportent du lait et des cookies », affirme en 2010 le producteur et réalisateur américain Dean Devlin au magazine Oregon Business. Pourtant, Leverage, la série qu’il tourne à Portland au moment de cette déclaration met en scène une équipe d’arnaqueurs, « Robin des Bois des temps modernes », opérant à… Boston. Pour bien marquer cet ancrage territorial, le quartier général de l’équipe, filmé dans chaque épisode ou presque, est d’ailleurs un pub irlandais, censé être un marqueur de l’importance de la diaspora irlandaise caractéristique de la côte Est des Etats-Unis.
Comptant 5 saisons et 77 épisodes originels diffusés pour la première fois entre 2008 et 2012 puis une reprise (Leverage : Redemption) depuis 2020, Leverage constitue un exemple remarquable de série dans laquelle le territoire est passé de simple décor à prescripteur de l’intrigue. Après une saison pilote à Los Angeles (tournée in situ), le scénario délocalise donc ses héros à Boston, figurée à l’écran par Portland, durant trois saisons. La qualité de travail est jugée si bonne par l’équipe de la série que l’intrigue est adaptée pour justifier une relocalisation des personnages à Portland qui alors, dans une dernière saison, sera enfin filmée pour elle-même. Revenant sur les écrans en 2020, c’est désormais à la Nouvelle-Orléans qu’évoluent les personnages et que sont tournés les nouveaux épisodes, la ville et ses coutumes étant cette fois intégrés au scénario dès le début de la première saison.
Plusieurs éléments seront étudiés à travers le cas de cette série, dans une perspective diachronique permise par sa longévité. Tant par l’analyse de l’image que par celle du paysage sonore et de la musique, nous nous intéresserons à la manière dont une ville peut devenir la doublure d’une autre (sorte de « faux authentique » tel que défini par D. Brown ?), processus habituel au cinéma mais sans doute moins fréquent dans les séries, qui impliquent de faire durer l’illusion plusieurs années.
Nous mettrons également en lumière la manière dont, ici, l’ancrage territorial est devenu progressivement prescripteur de l’intrigue. Serait-ce le reflet d’un « tournant spatial » dans la fiction ? Cela témoigne pour le moins d’une évolution dans les représentations : Portland, d’abord négligée, devient soudain un territoire méritant d’être médiatisé, tandis que la Nouvelle-Orléans et l’imaginaire qu’elle convoque sont utilisés pour attirer de nouveaux spectateurs lors de la reprise de série. Cela nous amènera à réfléchir à la relation dialectique entre ville et production audiovisuelle.
– 11h45 : Pierre Denmat, Agrégé de géographie, Doctorant à l’Université Paris Nanterre, laboratoire LAVUE (équipe Mosaïques).
« Faire ville à partir d’un corpus : les dynamiques urbaines new-yorkaises en action dans les séries »
Résumé :
Les séries télévisées font l’objet de nombreuses réflexions de la part des géographes depuis une décennie. Toutefois, aucune méthode d’analyse en géographie n’a été formalisée jusqu’à présent. Bien souvent, les études proposent une analyse d’une série et empruntent donc un angle d’analyse propre aux études cinématographiques. Cette communication propose une méthodologie qui repose sur une analyse d’un corpus de séries permettant d’analyser une ville et ses différents quartiers en s’appuyant sur des recherches doctorales. Il s’agit d’entrer par l’espace et non par la série afin de proposer une autre façon d’aborder les séries en géographie. À partir d’un corpus permettant de « reconstituer » la ville et ses différents quartiers, cet article propose une étude de la métropole new-yorkaise de façon globale. Il s’agit d’analyser les différentes dynamiques urbaines qui sont mises en scène, parfois sur le temps long au fil des saisons, tout en critiquant les choix de focalisation. Il sera ainsi question d’étudier les modalités d’écriture de la ville par les séries.
12h30 -13h30 : Pause déjeuner
13h30-15h : Les réceptions des représentations spatiales des séries télévisées
– 13h30 : Natacha GOURLAND, Maîtresse de Conférences en géographie, Université Évry-Val-d’Essonne, Laboratoire IDHES, rattachée au Lab’Urba et au groupe de travail Justice, Espace, Discriminations, Inégalités (groupe JEDI) du labex Futurs Urbains.
« Passer et filmer de l’autre côté du périph. Les représentations de la banlieue parisienne à travers deux séries françaises : « En place » et « 66.5 » »
Résumé :
La banlieue parisienne est un espace fréquemment stigmatisé dans les discours médiatiques et politiques qui la réduisent au traitement de certaines thématiques comme l’immigration, la rénovation urbaine ou l’insécurité. Cette vision englobante de « la » banlieue a des conséquences sur la manière dont les habitants de cet espace hétérogène sont représentés dans la majorité des productions culturelles. Plusieurs travaux récents ont ainsi dénoncé la stéréotypisation utilisée par des observateurs extérieurs pour décrire et filmer « la » banlieue, ses corps et ses lieux, la réduisant à un espace du moins, du manque, de la marginalisation (Niang, 2019, Schafran, et al, 2017 ; Guillard, 2016 ; Sedel, 2009). Prenant acte de ce constat, la présente proposition de communication cherche à analyser la portée et les modes de représentation de la banlieue populaire dans deux séries récentes ayant pris pour cadre la ville de Bobigny, en Seine-Saint-Denis : « En place », série politique et humoristique diffusée par Netflix en 2023 et « 66.5 », fiction judiciaire dramatique produite par Canal+ et diffusée la même année. Ces deux séries ont bénéficié d’une couverture médiatique importante lors de leur sortie et même d’un réel succès pour « En place » qui cumule plus de 16 millions d’heures de visionnage sur la plateforme Netflix (source : Netflix Engagement Report, 2023). Dans « 66.5 », le personnage principal et féminin de Roxanne (incarné par Alice Isaaz) figure une avocate quittant son cabinet parisien pour d’exercer au tribunal de grande instance de Bobigny, sa ville natale. Le cadre bascule de l’appartement haussmannien de Roxane aux barres d’immeubles de Bobigny pour nous permettre de suivre le récit de cette transfuge de classe, son retour en banlieue et le regard qu’elle pose sur cette ville qu’elle a quitté. À l’inverse, le héros de la série « En place » habite Bobigny, y exerce depuis plusieurs années en tant qu’éducateur jeunesse en MJC et n’est amené à quitter la ville que par une succession d’évènements le conduisant à s’engager en politique. En filmant les parcours d’une femme et d’un homme noir se mobilisant professionnellement « de l’autre côté du périph », ces deux séries abordent la question de la visibilité des vécus banlieusards sur le petit écran.
Quel regard ces deux productions portent-elles sur la ville de Bobigny et comment travaillent-elles l’imaginaire géographique de la banlieue ? Quels rapports sociaux de domination et quels rapports à l’espace se manifestent dans le parcours des personnages filmés ? Enfin, ces deux séries permettent-elles de rendre visible certaines pratiques et certains récits, ou reproduisent-elles au contraire certaines assignations ?
Après avoir analysé les lieux de tournage utilisés dans ces deux séries et les choix qu’ils révèlent pour représenter la banlieue parisienne depuis Bobigny, il s’agira d’interroger les pratiques spatiales qui ressortent des deux intrigues. Le point de vue des personnages de banlieusard.e.s portés à l’écran sera ensuite examiné, afin de questionner ce que révèle leurs trajectoires fictives des rapports de classe, de genre et de race qui influencent l’inégale appropriation de la petite couronne parisienne. Enfin, la réception de ces deux séries et les réactions qu’elles ont provoqué seront analysées, pour interroger ce qu’elles révèlent de la (dé)construction des stéréotypes et des débats politiques autour de la petite couronne parisienne.
– 14h15 : Benoît Bunnik, Professeur agrégé à l’INSPE de Corse, Docteur en didactique de la géographie, Laboratoire EMA, Cergy Paris Université.
« Faire territoire dans une petite ville des États-Unis à travers l’exemple deThe Society »
Résumé :
En 2019, la première saison (jusqu’à présent sans suite) de la série The Society montre comment un groupe d’adolescent.e.s se trouvent bloqué.e.s seul.e.s dans leur petite ville de West Ham (Connecticut, États-Unis). La série a été créée par Christopher Keyser et diffusée le 10 mai 2019 sur Netflix.
Un décompte minuté des lieux où se déroulent l’action fait apparaître, par le découpage des séquences (Amile et al., 2016), une ville insulaire (Bidou-Zachariasen et Giglia, 2012 ; Bonnemaison, 1990) semblable à la ville du Truman Show (Peter Weir, 1998), elle-même pensée en archipel où automobiles comme institutions publiques (police, justice, école) sont étrangement quasiment absentes. Sans entrer dans le détail des habitats (chambres, salons, salles de bain, …), cette représentation de la little town nord-américaine (Tovar, 2011 ; Férérol,2023) montre un territoire organisé par des « hauts lieux » (Debarbieux, 2003) que sont l’église, la mairie-bibliothèque, le lycée, l’hôpital ou le supermarché.
Ces 225 jeunes des deux sexes quasiment exclusivement blancs de 17 ans, quelques mois avant de partir à l’université, se trouvent bloqués par une forêt impénétrable et dangereuse figurant explicitement la wilderness (Thoreau, 1854 ; Arnould et Glon, 2006 ; Glon, 2006). Réfugiés dans cet isolat qui oscille entre cocon et prison, comme les enfants de Sa majesté des mouches (Golding, 1954) ou comme Robinson Crusoé (Defoe, 1719), ces jeunes adultes découvrent comment faire société (Donzelot, Mével, Wyvekens, 2003) et faire des choix politiques entre socialisme, libéralisme et autoritarisme afin d’organiser la survie du groupe.
Au-delà de ces réflexions sur ce qui fait territoire ou ce qui fait société, cette série interdite aux moins de 16 ans peut servir de base à un travail universitaire ou scolaire en géographie (Denmat, 2018) pour expliquer comment une série participe à une écriture de l‘espace (Pleven, 2015) et comprendre la société nord-américaine par l’analyse d’un espace diégétique (Gardies, 1993) particulier, celui d’une périphérie de la mégalopole du nord-est des États-Unis (ou BosWash), son mode de vie basé sur une consommation hors-sol (ce n’est que lorsque les vivres manquent que la question de leur production se pose) et sur les loisirs (sport, soirées, jeux vidéos, discussions entre pairs, utilisation des réseaux sociaux étrangement toujours actifs mais réduits aux seuls habitants de la ville) où le travail est absent de la little town périurbaine figurant aussi implicitement une gated communauty inscrite dans un territoire rural sans paysans ni autre forme de production. Une réflexion qui s’appuie également sur les travaux de Jacques Lévy (2013) sur l’espace au cinéma visant à « montrer l’invisible par le visible, en n’oubliant pas que ce n’est jamais tout à fait possible. »
Une étude qui doit prendre en compte deux éléments : celui de la longue durée de la série (dix épisodes de 48 à 61 minutes) mais aussi celui de moments plus brefs, des séquences choisies montrant ces hauts lieux et participant de la construction des représentations, comme l’église, lieu central car créateur de commun.
15h00 : Conclusion de la journée
15h30 : Fin des travaux
Modalités : Intervention 30 minutes et 15 minutes d’échanges
9Mars 2024
Les Paris des Jeux !
Géographie olympique et sportive.
– Hommage à Jean-Pierre Augustin –
– Cadrage –
Les Jeux Olympiques sont à la fois un théâtre géopolitique,une scène médiatique et une célébration du sport moderne, c’est-à-dire au plan géographique une traduction visible de la mondialisation (Augustin, 2007) et de la « mise en limite de l’activité physique » (Gay, 1997).
Du 26 juillet au 11 août 2024, la France va organiser pour la troisième fois – après 1900 et 1924- les Jeux Olympiques d’été dans le cadre d’un système olympique moderne dont elle est à l’origine sous l’impulsion d’un acteur dont l’oeuvre et l’itinéraire ont été maintes fois étudiés, le baron Pierre de Coubertin (MacAloon, 1981 ; Young, 1996). Plusieurs études ont également montré l’implication particulière des responsables sportifs ou politiques français dans le développement des Jeux Olympiques d’hiver, des Jeux Paralympiques ou d’autres évènements dont le projet des Jeux Olympiques de Printemps, le Festival olympique de la jeunesse européenne ou plus récemment des Jeux Olympiques de la Jeunesse.
Il n’est pas possible d’étudier le sport moderne sans comprendre le système olympique et dans le même temps étudier le mouvement olympique, c’est indissociablement étudier le sport moderne. Selon la formulation, certes datée, d’Elias et Dunning (1994) « Pour se faire une idée correcte de n’importe quel peuple, il est absolument nécessaire d’étudier les loisirs et les sports que ce peuple affectionne le plus. […] La connaissance du sport est la clef de la connaissance de la société ». Autrement dit, cette géographie des pratiques de compétition corporelle
institutionnalisées, c’est-à-dire des pratiques dites sportives, est de toute première importance po comprendre nos sociétés.
Dans le cadre de cette Journée portée par l’AGF, il s’agit d’interroger les Jeux Olympiques modernes comme élément central, structurant et symbolique du système sportif, comme système de représentation, d’organisation et de pratiques dans l’espace, mais aussi de se situer dans les questionnements très actuels à propos des Jeux dans leur rayonnement et leur héritage.
– Programme –
9h30
Ouverture
Edith FAGNONI, Professeure, Sorbonne Université, Présidente de l’Association de Géographes Français (AGF)
Introduction
Les Paris des Jeux ! Géographie du sport et du phénomène olympique.
Hommage à Jean-Pierre AUGUSTIN, géographe, collègue et ami
André SUCHET, Olivier BESSY & Christophe GIBOUT
10h – Approches globales
Présidence de séance : Edith FAGNONI
Professeure, Sorbonne Université
- Étudier le sport, mais par quels styles de géographies ?
Régis Keerle, Maître de Conférences, UMR CNRS ESO, Université Rennes 2
Un hommage à un auteur ne doit pas empêcher de souligner ses divergences d’avec ses pairs. Il est pourtant difficile de clairement diverger de l’auteur Jean-Pierre Augustin, peut-être du fait de sa multipositionnalité, dont les positions de géographe et de spécialiste de l’animation sociale et socioculturelle. Mais de quel auteur s’agit-il justement ? D’un signataire individuel ou collectif ? De l’auteur de 2023 ou de celui de 1983 ? En tenant compte de ces paramètres, on exhibera ici quelques unes
de nos divergences avec Jean-Pierre Augustin, qui permettront de proposer un autre regard géographique sur le phénomène sportif. Cette proposition visant in fine à expliciter la diversité des styles de géographies s’intéressant au sport.
- Les résultats Olympiques, cartographie d’un nouvel ordre mondial ? Étude cartographique et comparative
Grégory MARTIN, Chargé d’étude cartographie et SIG, La Fabrique de Bordeaux Métropole, Maître de Conférences associé, UMR CNRS 5319 PASSAGES, Université Bordeaux Montaigne
Les Jeux Olympiques 2024 vont se dérouler à Paris entre le 26 juillet et le 11 août et devraient apporter une visibilité particulière à de nombreux athlètes du monde. Cette vitrine offre un terrain d’exercice aux volontés politico-sportives des pays d’un nouvel ordre mondial. Une étude cartographique et comparative peut ainsi être menée à partir des résultats aux Jeux Olympiques dans plusieurs disciplines (épreuves) et tentera de faire apparaître d’un point de vue géographique si des tendances mais aussi des particularités se dessinent.
- Les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, un miroir de notre société hypermoderne, entre illimitisme et illusionnisme
Olivier BESSY, Professeur, Université de Pau et des pays de l’Adour, UMR-CNRS TREE
Dans la complémentarité du dernier livre de J-P Augustin et P. Gillon (2021), cette communication se donne pour objectif d’éclairer en quoi la célébration planétaire olympique est le miroir convexe de notre société hypermoderne. Nous illustrerons notre propos en prenant l’exemple des Jeux de Paris 2024 qui incarnent plus que jamais en ce début de troisième millénaire les valeurs de performance, de mondialisation, de démesure, de spectacularisation et d’illimitisme, chères à l’hypermodernité capitaliste. Notre monde d’aujourd’hui apparaît encore fasciné par ces Jeux Olympiques, comme si leurs excès en tout genre correspondaient à une fiction mondialisée synonyme d’utopie génératrice dans un monde en tension, mais aussi de réminiscence hypermoderne des antiques jeux du cirque considérés comme un véritable opium du peuple.
- La dimension spatiale des Jeux olympiques : d’un modèle localisé à un modèle régional
Anna Maria PIOLETTI, Professoressa associata, Università della Valle d’Aosta
Valerio DELLA SALA, Visiting Lecturer, Olympic Studies Centre, Universitat Autonoma de Barcelona
À la suite des travaux de Kaspar (1998), Bondonio, Guala & Mela (2008), Crivello, Dansero & Mela (2006), Dansero & Mela (2012) à propos des événements sportifs en zone urbaine et des villes olympiques, cette communication traitera de l’évolution des organisations olympiques urbaines (avec notamment le COJO…) vers une organisation par une région. Les résultats de nos investigations montreront combien l’événement olympique apparaît un élément clé dans la planification des infrastructures régionales, du système de transport, des services et du logement dans les zones régionales concernées.
- Les initiations aux situations de handicap dans le contexte des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, approche de géographie culturelle
Florie BRESTEAUX, Assistante et doctorante, Institut universitaire de formation pour l’enseignement, Université de Genève
Dans le contexte des Jeux Olympiques et paralympiques de Paris 2024, les initiations aux situations de handicap ou disability simulation se multiplient dans de nombreux lieux, les places publiques ou l’espace scolaire, au nom d’une inclusion portée par le méga-événement. L’expérience du handicap par les enfants dits valides, comme ressource inclusive de premier choix, doit pourtant fait l’objet d’un questionnement, au regard des apports contemporains d’une géographie du sport, et par le croisement des disability studies critiques et de la géographie culturelle.
12h 30 à 14h – Pause déjeuner
14h – Dynamiques locales
Présidence de séance : Jean RIEUCAU
Professeur émérite, Université Lumière Lyon 2
- Les enjeux de distance dans l’organisation d’une épreuve des Jeux Olympiques et Paralympiques. Le cas des épreuves de surf 2024 à Teahupo’o en Polynésie française
Marie DELAPLACE, Professeure, Université Gustave Eiffel, Lab’Urba, ORME
Vincent DROPSY, Professeur, Université de la Polynésie française, CETOP-GDI
Sylvain PETIT, Professeur, Université Polytechnique des Hauts de France, LARSH
Mondher SAHLI, Associate Professor, Victoria University of Wellington (New Zealand)
Les épreuves de surf des Jeux Olympiques de Paris 2024 doivent se dérouler du samedi 27 au mardi 30 juillet 2024 en Polynésie française, considérée comme le berceau du surf, à 16 000 kms du village olympique et plus de 20 heures d’avion de Paris et de surcroît à 1h30 en voiture de la capitale Papeete.
Alors que le choix de Teahupo’o semblait prometteur d’un point de vue sportif, symbolique et politique, il a été remis en question à moins de huit mois des Jeux. La communication propose une analyse en termes de distance géographique mais aussi culturelle des difficultés récentes concernant l’organisation de ces épreuves de surf à Teahupo’o.
- Le renouvellement urbain de la Seine-Saint-Denis 2024 : entre concertation et opposition aux Jeux Olympiques Paralympiques
Alexia GIGNON, Doctorante en CIFRE à la Ville de Paris, Lab’Urba, Université Gustave Eiffel
À l’approche des Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP), qui se tiendront en 2024 dans la capitale mais aussi en Seine-Saint-Denis, les débats autour de l’organisation sont toujours présents. Décidés dès la phase de candidature, les lieux de construction pour cet événement se trouvent tous dans le nord-est parisien. Ces constructions ne sont pas de simples bâtiments prévus pour accueillir des épreuves de compétition, ce sont de véritables projets urbains, visant à transformer la ville, en en modifiant la structuration urbaine et sociale. Par suite, ce travail interroge les liens entre opposition à cet événement et les dispositifs de concertation mis en place dans le cadre de ces projets de renouvellement urbain.
Pour répondre à cette interrogation, nous nous appuierons sur diverses observations menées dans le cadre de concertation sur les projets des JOP et lors d’événements organisés par des collectifs de lutte contre les Jeux. Des entretiens semi-directifs menés auprès d’acteurs des JOP et de collectifs viennent compléter ces observations.
- L’organisation de compétitions internationales comme catalyseur d’aménagement sportif en Afrique. L’exemple des nouveaux stades du Cameroun
Luc Roger MBALLA, Docteur en STAPS, Chargé d’enseignement, Université d’Orléans
Antoine MARSAC, Maître de Conférences, ACP, Université Gustave Eiffel
Patrick BOUCHET, Professeur des Universités, CREGO, Université de Bourgogne
Cette communication se propose d’explorer les grands stades de football construits entre 2013-2021 dans la ville de Yaoundé, le centre des politiques sportives. L’analyse de données repose sur une dizaine d’entretiens semi-directifs avec des acteurs fédéraux et politiques. Les questions abordées au cours de ces entretiens sont articulées autour des thématiques relatives aux grands stades, elles englobent leur héritage, leur gestion, leur fonction, ainsi que la gouvernance… Cette démarche est enrichie par des séquences photographiques des grands stades. Ces supports visuels analysent les phénomènes sociaux, entre autres : l’accessibilité, les conditions de pratique, les évènements sportifs et extra sportifs, la propagande politique, l’identité nationale et leur impact en tant que marqueur urbain…
- Le phénomène de « localisme » en surf : pratiques, récits et paradoxes d’un conflit d’appropriation territorial. Une contribution à l’étude des territoires de l’éphémère
André SUCHET, Maître de Conférences HDR, Université de Bordeaux, LACES
L’importance du moment d’appropriation sociale et culturelle de l’espace dans le processus de construction d’une structure territoriale est assez connue (Di Méo, 1998, 2016 ; Veschambre, 2004 ; Ripoll & Veschambre, 2006, 2005 ; Vanier, 2009 ; Lajarge, 2012). Dans le domaine des pratiques sportives et du surf en particulier, le travail de Trey (1994) reste fondamental, mais relativement indiscuté depuis sa publication dans l’ouvrage fondateur dirigé par J-P. Augustin : Surf Atlantique. Les territoires de l’éphémère. La multiplication des études à propos de cette activité concerne d’autres thèmes (Guibert, 2007, 2014, 2020 ; Falaix & Favory, 2002 ; Falaix, 2009, 2012 ; Lemarié, 2018). À partir d’une étude réalisée depuis 2015 au bénéfice de différentes rencontres formelles et informelles, d’observations non-participantes, puis d’une série d’entretiens semi-directifs structurés, cette communication restituera quelques éléments d’une approche nécessairement incomplète du phénomène.
- 16h00 – Table ronde
« Sport et géographie au regard du nouveau rendez- vous de l’histoire olympique de 2024 »
Animation : Olivier BESSY,
- Ludovic FALAIX, Maître de Conférences, Université de Bordeaux, Bayonne, LACES
Alex GLYVYNSKYI, Président de l’Association des journalistes sportifs de l’Ukraine
Robin LESNE, Maître de Conférences, Université du Littoral – Côte d’Opale, TVES
Loïc RAVENEL, Chercheur au CIES, Université de Neuchâtel (Suisse)
André SUCHET, Maître de Conférences-HDR, Université de Bordeaux, UR 7437 LACES - 16h45 Conclusion
Christophe GIBOUT, Olivier BESSY & André SUCHET - Clôture
Edith FAGNONI
Professeure, Sorbonne Université, Présidente de l’Association de Géographes Français (AGF)
17h15 : Fin des travaux
9 décembre 2023
Informations numériques géolocalisées et pratiques touristiques
Séance coordonnée par Françoise LUCCHINI, maître de conférences HDR en géographie, Université Rouen Normandie – UMR CNRS IDEES et par Bernard ELISSALDE, Professeur émérite Université Rouen Normandie – UMR CNRS IDEES
Cette journée est consacrée aux possibilités offertes par les données numériques géolocalisées dans les études touristiques, pour évaluer leur capacité à apporter une information d’une plus grande précision spatiale et temporelle, et tester leur potentialité d’analyse en matière de comportements touristiques et de stratégies des acteurs.
Pour le tourisme, comme pour d’autres secteurs d’activités, le tournant digital des sociétés contemporaines et l’essor des bases de données produites par les objets connectés ont apporté un matériau de recherche d’une précision spatiotemporelle inédite. L’accroissement des volumes des données issus d’objets ou de dispositifs connectés et le développement d’outils numériques (sites Internet, entrepôts de données, tableaux de bord, applications web, cartographies connectées, story maps…) sont désormais considérés comme un potentiel d’informations à mobiliser en complément des approches classiques du tourisme.
A cette compréhension augmentée des territorialisations touristiques (touristicité officielle) les outils numériques ajoutent également une touristicité potentielle par l’estimation des intentions de visite ou de la notoriété des sites et lieux de visite, et par l’e-réputation avec les avis et commentaires postés sur les plateformes Google Trend, Tripadvisor ou sur les réseaux sociaux Twitter, Instagram, Facebook…
Plusieurs questionnements seront ouverts à l’occasion de cette journée. Comment croiser des données hétérogènes afin d’obtenir une vision globale des comportements touristiques sur un territoire ? Le raccourcissement de la diffusion de l’information permet-il d’identifier des fluctuations dans les comportements touristiques et de détecter de nouvelles tendances touristiques ? Comment les avis et commentaires postés participent-ils à la notoriété et aux variations de notoriété des sites touristiques ? Avec l’e-réputation d’un territoire a-t-on affaire à une reproduction des décalages classiques entre intention et fréquentation, entre imaginaires et pratiques réelles ?
Cette journée d’études proposera, sans exclusive, d’ouvrir des échanges autour des réflexions sur les apports et les limites des données numériques géolocalisées pour l’analyse du tourisme, et leur contribution à la mise en place d’une intelligence territoriale au service du développement touristique.
PROGRAMME – Séance du 9 décembre 2023
9h45 : Accueil de des participants par Edith Fagnoni, présidente de l’AGF
-Introduction à la thématique de la journée Informations Numériques géolocalisées et pratiques touristiques par Françoise Lucchini
10h00 Sylvain Genevois (université de La Réunion)
titre :Apports et limites des données de téléphonie mobile pour appréhender les pratiques et les dynamiques touristiques.
Résumé :
Par leur précision spatio-temporelle inédite, les données numériques changent assez fondamentalement la manière d’appréhender les territoires de mobilité touristique. La mobilisation de données mobiles passives n’est cependant pas sans poser un certain nombre de questions concernant leur utilisation à des fins d’analyse géographique. Parmi les problèmes rencontrés figurent notamment le degré d’ouverture des données (souvent agrégées avant publication), leur niveau de réutilisabilité et de compatibilité avec d’autres jeux de données, leur univers de signification et leur possible mise en débat à partir de leurs représentations graphiques et/ou cartographiques (de la simple data- ou géo-visualisation à des traitements SIG plus complexes). Ces questions pratiques et théoriques seront abordées à travers l’exemple du tourisme en Espagne et des données massives et évolutives de téléphonie mobile mises à disposition par l’Instituto Nacional de Estadística (INE)
10h30 :Mélanie Mondo (EIREST, U. Paris 1 Panthéon Sorbonne) – Sébastien Jacquot (EIREST, U. Paris 1 Panthéon Sorbonne) – Gael Chareyron (De Vinci Research Center, ESILV) – Nicolas Travers (De Vinci Research Center, ESILV)
titre : La métropolisation touristique au prisme des traces numériques : la métropole européenne de Lille entre enquêtes et observatoire
résumé :
Présentation de la façon dont les traces numériques (TripAdvisor, Instagram, Booking, AirBnB) révèlent un degré de métropolisation touristique, à partir du cas de la Métropole Européenne de Lille. Nous les abordons selon trois perspectives. Tout d’abord, nous considérons la métropolisation en termes de rayonnement, nous amenant à comparer la MEL à plusieurs métropoles touristiques françaises du point de vue de leur visibilité sur les plateformes touristiques (Flickr, Tripadvisor, Hotel.com, Booking), et donc à réfléchir aux périmètres pertinents d’une comparaison (commune-centre, centre dense, agglomération, EPCI). Ensuite, nous étudions la diffusion touristique dans l’espace métropolitain lillois, à partir des lieux les plus photographiés et commentés, et de l’exploitation des données issues du city pass. Enfin, les commentaires laissés sur différents lieux renseignent sur l’expérience touristique de la métropole.
11h00 : Mélanie MONDO, EIREST (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne) , Luc VACHER,UMR LIENSs (La Rochelle Université/CNRS), Didier VYE, UMR LIENSs (La Rochelle Université/CNRS)
Titre : Du banal à l’extra-ordinaire : les pratiques touristiques vues par les traces numériques
Résumé
La recherche d’une expérience touristique (Freitas Coelho & al., 2010 ; Decroly, 2015) se distingue par le souhait de vivre des moments extra-ordinaires dans un environnement autre que celui des lieux de l’ordinaire (Knafou et Stock, 2003). Les enquêtes classiquement menées auprès des visiteurs se font généralement l’écho de ces moments forts et des « hauts lieux » (Debarbieux, 2003) de l’expérience touristique. Cependant, il est également intéressant d’identifier la pratique de lieux « hors des sentiers battus » (Gravari-Barbas et Delaplace 2015) et d’interroger la place qu’occupent les moments de pause, d’improvisation ou de détours. Le développement de méthodologies de recueil de traces numériques (ex : traces GPS, publications sur un réseau social) offre la promesse techno-scientifique (Joly, 2010) d’une identification des moments et des lieux ayant une place plus discrète dans le récit, car considérés comme plus banals.
Dans cette présentation nous nous appuyons sur deux études de cas menées dans le cadre du projet DA3T[1]. Premièrement, nous analysons, à travers le cas de Biarritz, les traces récupérées sur le réseau social numérique Instagram que nous confrontons à des observations de terrain. Deuxièmement, à partir du cas de La Rochelle, nous étudions des traces GPS, récoltées grâce à une application ad hoc, puis enrichies grâce à une série d’entretiens semi-directifs auprès des visiteurs utilisant la carte de leurs traces numériques comme support d’élicitation.
11h30 : Victor Piganiol, Université Bordeaux Montaigne
titre : Airbnb ou le partage ambivalent : ouverture des possibilités d’hébergement vs fermeture des données.
L’étude de la répartition de l’offre Airbnb sur un territoire, qu’elle que soit l’échelle retenue, nous apparaît pertinente. À Bordeaux, une analyse spatiale de la distribution des annonces nous permet d’aborder d’une manière différente et quelque peu distanciée, l’accueil de touristes. Même si la géographie dessinée par Airbnb se superpose aux réalités territoriales déjà présentes (centralités historiques et/ou touristiques par exemple) et obéit aux logiques spatiales de l’offre hôtelière. Cependant plusieurs limites majeures émergent. Il n’existe pas de données officielles mises à disposition par l’entreprise, qui pratique une politique opaque de non-partage et s’inscrit dans le mouvement croissant de closed data. Les enjeux économiques et stratégiques dits « supérieurs » empêcheraient la mise en commun des informations. La recherche de données pour quantifier le phénomène Airbnb nécessite alors de multiplier les sources desdites données extérieures à la multinationale. L’étude d’Airbnb, parce que la multinationale s’appuie sur des micro-territorialités et des jeux d’acteurs préexistants à son arrivée, nécessite la mise en place d’enquêtes de terrain auprès des touristes-utilisateurs et des hôtes-utilisateurs et ce, afin de croiser données numériques et pratiques physiques pour s’approcher le plus possible d’une regard objectif et mesuré sur la situation observée.
12h00-14h00: pause déjeuner
14h00 : Ugo PARMENT, Ugeosphère, Françoise LUCCHINI, Université Rouen Normandie – UMR CNRS IDEES
Titre : Identifier un effet croisière par la téléphonie mobile
On explore dans ce travail les nouveaux périmètres spatiotemporels des données de téléphonie mobile fournies par l’opérateur Orange, et la capacité de ces données à identifier une population de visiteurs étrangers en escale en Normandie et enfin à révéler à la fois leurs destinations préférentielles et leurs mouvements depuis le port du Havre lors de leur escale en Normandie.
L’étude des déplacements de ces visiteurs étrangers en escale au Havre s’appuie ainsi sur le graphe de leurs mobilités au cours du temps. La présence et la diffusion dans le territoire de ces visiteurs étrangers se visualise de manière dynamique à l’aide d’applications interactives et d’un entrepôt de données touristiques avec tableau de bord. L’étude menée démontre qu’à l’aide de découpages spatiotemporels sur un jeu de données de téléphonie mobile, il est possible de cibler une population de croisiéristes et d’observer leurs destinations préférentielles (la zone littorale, les points urbanisés du territoire et la vallée de Seine.). Il reste ensuite à croiser ces observations avec d’autres sources complémentaires (statistiques officielles Ministère du Tourisme, Offices du tourisme, INSEE, billetteries, plateformes google trend, réseaux sociaux…) pour améliorer la connaissance du tourisme et des comportements touristiques.
14h30 : Julien Baudry (université du Havre, LITIS)
Titre : L’Intelligence Artificielle, moteur de changement dans les relations entre Tourisme
et Données Numériques
L’industrie du tourisme est en constante évolution, façonnée par les avancées technologiques et la disponibilité croissante de données numériques. Parmi ces avancées, l’intelligence artificielle (IA) se révèle être un puissant levier d’innovation, transformant fondamentalement la manière dont nous planifions, vivons et profitons de nos voyages. Cette présentation à pour objectif de montrer comment l’IA est devenue un élément incontournable du secteur du tourisme, ouvrant de nouvelles
perspectives pour les voyageurs, les entreprises et les destinations touristiques.
15h00 : Boris Mericskay, (université de Rennes, UMR ESO)
Appréhender les pratiques touristiques par les traces (géo)numériques : enjeux méthodologiques et techniques des « nouvelles données »
Résumé :
A l’heure du numérique, la multitude de traces (géo)numériques produites par les individus et les objets connectés offre de multiples perspectives pour saisir et donner à voir des pratiques touristiques avec une granularité et des échelles spatio-temporelles difficilement accessibles avec d’autres méthodes. En théorie, toutes ces « nouvelles données » constituent des marqueurs intéressants à explorer et à mobiliser pour appréhender autrement et objectiver des pratiques au centre d’importants enjeux pour les territoires. Toutefois dans la pratique, l’utilisation de ces ressources informationnelles peut être limitée voir décevante pour les décideurs qui ont tendance à avoir de grandes attentes dans leur capacité à révéler de manière précise et fiable ce qui se passe ou se passera sur leurs territoires.
Cette communication propose une lecture critique et nuancée des potentialités du big data pour interpréter les pratiques touristiques. En s’appuyant sur une analyse fine du paysage et des pratiques du monde opérationnel, elle a comme objectif de présenter le caractère protéiforme des traces (géo)numériques et d’expliciter les grands enjeux techniques et méthodologiques sous-jacents à leur utilisation.
15h30 : Davide Ceccato Université de Lausanne
Statistique du tourisme et le numérique. La Smart Control Room et les yeux numériques de Venise
Les innovations dans le domaine des TIC et la prolifération de l’utilisation des téléphones mobiles, des smartphones et des PC ont permis, entre autres, l’exploitation de nouvelles sources de données, ou de traces, pour l’analyse statistique du tourisme. Venise est l’une des villes les plus touristiques du monde, l’industrie du tourisme est considérée comme un secteur économique clé mais les effets négatifs d’une présence touristique excessive sont aujourd’hui évidents1. Afin d’atténuer les externalités négatives causées par le tourisme, une planification stratégique a été mise en place2, qui a conduit à la création progressive d’un ‘data assemblage’ sous la forme d’une Smart Control Room vers laquelle convergent la plupart des données numériques produites dans la ville. Les données de positionnement mobile, les capteurs de comptage de personnes, les caméras de surveillance et les capteurs de trafic semblent fournir une image détaillée et suffisamment complète pour la gestion des flux touristiques dans le centre historique de la ville.
Une enquête de terrain par entretiens, appuyée sur un cadre théorique associant Critical Data Studies et réflexions sur la datafication du tourisme a été menée pour saisir les problèmes techniques, politiques et sociaux que ce processus pose. Sont interrogés et analysés les acteurs impliqués dans l’observation des flux touristiques (TIC, municipalités, activistes locaux), les nouveaux objets statistiques créés par l’infrastructure numérique, les pratiques et les conditions dans lesquelles ils sont produits, utilisés et communiqués. Ce travail vise à offrir une approche critique des questions posées par la ‘révolution des données numériques’ dans l’analyse du phénomène touristique. Cette proposition est réalisée dans le cadre du projet Overtourism ? Les villes comptent3.
16h00 : Valérian Geffroy
Du mouvement des cartes SIM aux pratiques touristiques : une analyse de Flux Vision Tourisme comme procédure de quantification
Mesurer des flux touristiques à partir de mouvements de cartes SIM ne va pas de soi. Cela implique un certain nombre de procédés techniques et statistiques complexes (triangulation, extrapolation, validation…), mais aussi un travail de définition de catégories d’interprétation des données qui implique une réflexion sur le concept même de mobilité touristique. Ce travail, l’opérateur de téléphonie mobile Orange l’a notamment réalisé en partenariat avec les organisations territoriales du tourisme françaises.
Cette communication propose d’analyser l’élaboration de Flux Vision Tourisme comme une procédure de quantification, au sens de la sociologie de la quantification. On insistera donc sur le processus collaboratif de définition du tourisme à partir des MPD, sur le dialogue entre connaissance technique des données quantitatives et connaissance qualitative des pratiques touristiques. On montrera aussi bien la valeur du produit pour le secteur du tourisme que ses faiblesses, en en pointant les biais et les imprécisions, et en le replaçant au sein du paysage actuel de données quantitatives sur les pratiques touristiques. La communication s’appuiera sur un ensemble de documents méthodologiques produits dans le cadre du partenariat entre Orange Business Services et ADN Tourisme, ainsi que sur une campagne d’entretiens portant sur le système français de quantification du tourisme, réalisée dans le cadre du projet « Overtourism ? Les villes comptent » .
16h30: Conclusions de la journée : Bernard Elissalde (Université de Rouen, UMR IDEES)
16h45 fin des travaux
[1] « Dispositifs d’Analyse des Traces numériques pour la valorisation des Territoires Touristiques ». Projet interdisciplinaire réunissant géographes et informaticiens et financé par la Région Nouvelle-Aquitaine (2018-2023).
14 octobre 2023
Paysages industriels en transition :
adaptations, héritages, banalisations
Séance coordonnée par:
Simon EDELBLUTTE,
Professeur, Université de Lorraine (site de Nancy), Laboratoire LOTERR
et
Edith FAGNONI,
Professeure, Sorbonne Université, Laboratoire Médiations – Sciences des lieux, sciences des liens
En géographie, les activités économiques ont longtemps été principalement étudiées par des approches quantitatives, tant les données, notamment en matière de production, de nombre d’employés, etc. y sont abondantes. Néanmoins ces activités – de l’agriculture au tourisme en passant par l’industrie, la culture, le commerce, l’enseignement, les services en général – construisent des territoires fonctionnels et génèrent des paysages spécifiques qui vont bien au-delà de la simple empreinte du bâtiment abritant l’activité.
Si les paysages de l’agriculture ont bien été au centre des premières géographies à la charnière des XIXe et XXe siècles, les autres activités économiques et, a fortiori, l’industrie alors en pleine croissance, n’ont que peu généré d’études de ce genre. Il a fallu attendre le dernier quart du XXe siècle, avec le développement des géographies sociale et culturelle, des travaux sur les identités, les représentations et perceptions, mais aussi en lien avec le déclin de l’industrie fordiste, pour que, par le biais des héritages et du patrimoine, le paysage industriel commence à intéresser les géographes, les autres disciplines et le grand public. En témoigne l’inscription, sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO au titre de paysage culturel vivant de l’industrie et de la mine des paysages de la vallée de la Derwent (2001) ou de ceux la sidérurgie et de la mine à Blaenavon (2000) au Royaume-Uni, ou encore de celui du Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais (2012) en France.
Cette journée de l’Association de Géographes Français apparaît comme une opportunité de contribuer à actualiser un objet d’étude fondamental en géographie : le paysage. En mettant le paysage industriel au cœur de la réflexion, trois grands axes émanent de cette construction :
– la fabrique « continue » des paysages industriels, entre originalité et banalisation
– les représentations et perceptions des paysages industriels
– la transition, l’adaptation voire la patrimonialisation des paysages industriels hérités.
L’axe 1 permettra de se demander ce qui constitue un paysage industriel, quelles en sont les composantes, pourquoi et comment se forme ce type de paysage, qu’il est impératif de ne pas résumer à des héritages ? En effet, l’industrie fonctionne encore, elle génère toujours des paysages. De plus, la réindustrialisation est une priorité de nombreux gouvernements européens, et la France annonce désormais une réindustrialisation attendue et espérée. Ces « nouveaux » paysages sont certes bien moins spécifiques qu’au temps du « paternalisme » de l’industrie, mais ils existent, marquent les paysages, jusqu’à parfois être spectaculaires (hangar fonctionnaliste géant d’Airbus à Toulouse ; usines design au Danemark ; nouvelles villes-usines chinoises …).
L’axe 2 renvoie à la question de la représentation et de la perception de ces paysages. Phares de la modernité au XIXe siècle (ils sont présents sur les cartes postales et les tableaux, et le paysage industriel occupe progressivement une place dans l’histoire de l’art), et ils apparaissent comme des « verrues » avec la désindustrialisation synonyme de friches, de paysages répulsifs, de non-territoires à la fin du XXe siècle, avant, une fois la phase de deuil passée, de devenir des héritages éventuellement patrimonialisables avec le développement d’une certaine culture industrielle (musique, films, romans, etc.).
L’axe 3 abordera la question des évolutions de ces paysages, entre une adaptation des éléments industriels hérités, reconvertis ou actuels, au sein de paysages urbains ou périurbains de plus en plus génériques et leur patrimonialisation possible, à l’instar d’autres paysages emblématiques (le vignoble champenois par exemple). Cette mise en patrimoine des paysages industriels, déjà effective dans certains cas à l’UNESCO, pose cependant de nombreuses difficultés. En effet, si elle est essentielle au renforcement, voire au développement d’une identité locale forte et génératrice d’attachement au territoire, elle s’effectue sur des territoires vivants où les populations résident et travaillent, dans des usines encore actives et dans d’autres activités qui marquent et font évoluer les paysages. Cet axe permettra de constater que les sélections et les formes de mise en valeur et protection des paysages industriels hérités y sont donc très complexes.
28 janvier 2023 Conférence Paul Claval
Dialogue avec Paul CLAVAL autour de l’approche culturelle
en géographie
Le cours « La construction de l’approche culturelle depuis l’École française de géographie » dispensé par Paul CLAVAL sera suivi d’une présentation et discussion de son ouvrage: « Itinéraires et Rencontres. La découverte de l’altérité », Paris, Sérendip’éditions (2022).
21 janvier 2023
La séance « concours » de janvier 2023 a été consacrée au thème « Populations, peuplement et territoires en France : les multiples interactions des dynamiques spatiales ». Séance coordonnée par Gérard-François DUMONT.
télécharger les différentes présentations:
1. Comprendre chacun des termes de la question:
2.Populations rurales et peuplement en France métropolitaine depuis les années 1990
3.Durabilité, urbanité et transformations sociales dans les opérations d’intérêt national
4.Les villes petites et moyennes le retour du « petit poucet »
5. Peuplement et mobilité dans l’Hexagone périurbain
6. Populations peuplement et territoire le récit scolaire
7.Populations, peuplement et des territoires sous l’angle du développement durable
8. Un cas d’école des imbrications populations, peuplement et territoires: la Nouvelle Calédonie
9. Territoires industriels et post-industriels
10. Conclusion, quelle prospective pour Populations, peuplement et territoires

